Sommaire :
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Anatomie
chirurgicale de l’avant-pied - Pages n° 5 à 22 - B. LENGELÉ, T.
LEEMRIJSE
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Biomécanique
de l’avant-pied - Pages n° 23 à 38 - M. MAESTRO ,
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Hallux
valgus – Généralités - Pages n° 39 à 42 - B. VALTIN ,
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Traitement
de l’hallux valgus selon la technique de Mac Bride modifiée - Pages
n° 43 à 51 - G. CURVALE ,
-
Ostéotomie
en chevron distal du 1er métatarsien - Pages n° 52 à 58 - P. DIEBOLD ,
-
Ostéotomie
scarf du 1er métatarsien et ostéotomie de la 1re phalange pour la correction
de l’hallux valgus - Pages n° 59 à 82 - L.-S. BAROUK, P. BAROUK,
B. BAUDET, E. TOULLEC
-
Arthrodèse
de l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil dans le
traitement chirurgical de l’hallux valgus - Pages n° 83 à 95 - Y.
TOURNÉ ,
-
Traitement
chirurgical de l’hallux valgus par technique percutanée - Pages
n° 96 à 104 - O. LAFFENETRE, C. CERMOLACCE, J.-Y. COILLARD, P. DETERME,
S. GUILLO, S. JAMBOU
-
Métatarsalgies
- Pages n° 105 à 111 - G. ABI RAAD ,
-
Radiographies
standard et pathologies de l’avant-pied - Pages n° 112 à 125 - J.-L.
BESSE, M. MAESTRO, M. RAGUSA ,
-
Ostéotomie
de Weil - Pages n° 126 à 141 - T. LEEMRIJSE ,
-
Ostéotomie
de relèvement basal métatarsienne BRT - Pages n° 142 à 148 - E. TOULLEC,
L.-S. BAROUK, P. RIPPSTEIN ,
-
Ostéotomies
métatarsiennes à l’exception de la technique de Weil - Pages n°
149 à 152 - J.-P. DELAGOUTTE, O. JARDÉ
-
Traitement
chirurgical des métatarsalgies statiques par technique percutanée - Pages
n° 153 à 157 - J.-Y. COILLARD, O. LAFFENETRE, C. CERMOLACCE, P. DETERME,
S. GUILLO, S. JAMBOU
-
Hallux
rigidus - Pages n° 158 à 169 - G. CURVALE ,
-
Pathologie
sésamoïdienne de la première articulation métatarso-phalangienne - Pages
n° 170 à 184 - M. MAESTRO ,
-
Échecs
de la chirurgie de l’hallux valgus - Pages n° 185 à 194 - P. DIEBOLD ,
-
Excès
de correction : l’hallux varus - Pages n° 195 à 200 - A. ROCHWERGER ,
-
Pseudarthroses
des métatarsiens - Pages n° 201 à 206 - P. DIEBOLD ,
-
Pathologie
des petits orteils. Étude clinique et traitement chirurgical - Pages n°
207 à 222 - B. VALTIN ,
-
Avant-pied
rhumatoïde - Pages n° 223 à 239 - T. LEEMRIJSE, B. VALTIN, P. DUREZ ,
-
Syndromes
canalaires du nerf tibial postérieur et de ses branches et talalgies -
Pages n° 240 à 249 - M. DELMI ,
-
Métatarsalgies
de Morton - Pages n° 250 à 255 - M. DELMI ,
-
Chirurgie
du pied et responsabilité médicale - Pages n° 256 à 261 - O. JARDÉ, C.
MANAOUIL
De façon synthétique, le
présent chapitre offre un rapide survol des notions cardinales d’anatomie
topographique qui sont utiles à la pratique de la chirurgie de l’avant-pied.
Il dresse ainsi d’abord le bilan des déterminants squelettiques, syndesmologiques
et myologiques de l’instabilité intrinsèque du premier rayon du pied
et compare ensuite les structures ainsi mises en évidence autour de la colonne
ostéo-articulaire de l’hallux, avec les éléments analogues qui servent
de contreforts aux rayons centraux et latéraux. Puis, la disposition des cordes
aponévrotiques et musculoligamentaires est envisagée systématiquement de manière
à dégager les bases morphologiques qui contribuent au développement des griffes
d’orteil. La description, enfin, se termine par l’étude détaillée
de l’innervation et de la vascularisation de tous les constituants de
la région, mettant ainsi en évidence les principes opératoires à respecter
dans la pratique des voies d’abord courantes, lors de la réalisation
des ostéotomies phalangiennes ou métatarsiennes, dans certains gestes spécifiques
de reconstruction ou encore dans la chirurgie du pseudonévrome de Morton.
L’avant-pied est un
organe amortisseur et propulseur composé de cinq chaînes cinématiques libres
; c’est aussi un capteur sensitif et sensoriel. Il se présente comme
une structure déformable visco-élastique à géométrie variable, capable de
supporter des contraintes très fortes, mais pendant des temps très brefs de
quelques millisecondes. C’est l’effecteur final du mécanisme neuromusculaire
de la marche. L’avant-pied doit être capable de figer et de libérer
graduellement ou instantanément ses degrés de liberté articulaire pour adapter
sa forme. Ses 23 espaces articulaires à plusieurs degrés de liberté lui permettent
la fluidité et la précision du mouvement. Si l’arrière-pied va préférentiellement
vers le varus, l’avant-pied
est en revanche bidirectionnel, pour assurer les mouvements de pronation et
de supination. Son fonctionnement biomécanique est stéréotypé et semblable
chez tous les individus, ainsi que le trajet des barycentres, le déroulement
des appuis, l’ordre de distribution des pics de pression, l’adaptation
à la vitesse de marche. En revanche, les distributions des pressions sont
très variables d’un sujet à l’autre et chez le même sujet. De
même, on observe des variations anatomiques et morphotypiques importantes.
Il convient au niveau du membre inférieur de préférer la stabilité à la mobilité,
excepté au niveau de l’articulation de Lisfranc latérale et des articulations
métatarso-
phalangiennes latérales,
où la mobilité est prépondérante, et leur blocage par fusion osseuse incompatible
avec la marche. La « parabole distale » comprend des mécanismes résistants,
fins et précis, pour répartir et diriger la charge. Son harmonie de forme
est fondamentale.
Déformation la plus fréquemment
rencontrée dans la pathologie de l’avant-pied, l’hallux valgus
nécessite un traitement chirurgical adapté à chaque déformation. Le but est
de soulager les désagréments entraînés par ces déformations. L’examen
clinique est fondamental, afin de préciser ce qu’il faut corriger. Les
différentes composantes anatomiques de la déformation sont multiples et chacune
nécessite un geste dosé et adapté. On peut définir des types anatomo-cliniques
et proposer des indications chirurgicales spécifiques. Il existe de multiples
techniques chirurgicales, et des orientations thérapeutiques sont proposées.
La meilleure intervention est celle que l’on maîtrise et qui ne crée
pas ou peu de pathologie iatrogène.
Cette étude repose sur l’analyse
de deux séries d’observations d’hallux valgus traités selon une
méthode dérivée de la technique de Mac Bride assortie de quelques modifications
et associée à des gestes osseux destinés à corriger les vices architecturaux
(en particulier l’ostéotomie d’accourcissement de la première
phalange
pour réduire l’hallomégalie
du gros orteil). Deux cent dix pieds ont été revus en 1988 avec un recul allant
de un à 13 ans, puis 131 en 2004 avec un recul de cinq à 12 ans. Les résultats
(satisfaisants dans 80, puis 90 % des cas) sont étudiés dans le détail d’après
les paramètres retenus (douleur, déformation, etc.), mais également en fonction
des données anatomiques préopératoires et aussi selon les gestes pratiqués.
Les échecs et les complications sont analysés. Les résultats de ces études
permettent de préciser
les indications et d’apprécier
la valeur ou l’opportunité des modifications techniques apportées.
La correction chirurgicale
de l’hallux valgus nécessite le plus souvent une ostéotomie métatarsienne.
L’ostéotomie en chevron permet, par un abord limité, le traitement de
l’hallux valgus avec déviation métatarsophalangienne entre 20 et 40 associé à un metatarsus
varus entre 12 et 16 . Elle permet
une correction du défaut d’orientation articulaire de la tête du premier
métatarsien. Il s’agit d’une ostéotomie stable dont la technique,
largement décrite, doit être respectée afin d’éviter la nécrose de la
tête métatarsienne. C’est l’intervention da prédilection pour
les déformations modérées.
Le scarf est sans doute une
des techniques les plus utilisées en France pour la correction de l’hallux
valgus. Cependant il était nécessaire de faire une mise au point sur les Cahiers
d’enseignement de la Sofcot, neuf ans après le premier article dans
cet ouvrage. Cette mise au point est réalisée à la lueur de notre expérience
bordelaise et toulousaine, qui porte sur plus de 5 000 cas réalisés entre
1991 et 2005, et d’autre part à la suite de l’analyse des nombreuses
publications faites sur cette technique ; elle permet de mettre en exergue
plusieurs points importants. Le scarf doit tout d’abord s’insérer
dans les quatre temps nécessaires pour la correction de l’hallux valgus
au niveau du premier rayon, et doit d’autre part tenir compte des désordres
associés sur des rayons latéraux, sur l’arrière-pied, un éventuel équinisme,
surtout aux dépens des jumeaux. Les caractéristiques du scarf, sont la précision
apportée à la correction, la solidité immédiate de l’ostéosynthèse,
les multiples possibilités de déplacements, débouchant donc sur la grande
étendue des indications. Le scarf, avec les techniques associées, permet de
corriger la très grande majorité des hallux valgus quelles que soient leur
origine et leur importance. Les résultats montrent la fiabilité de cette technique
et la pérennité de la correction avec un recul qui va, dans notre expérience,
sur plus de dix ans. Cependant, les bons résultats ne sont obtenus qu’au
prix d’une évaluation préopératoire soigneuse, d’une correction
de cette évaluation en peropératoire, enfin d’une technique rigoureuse,
qui est détaillée ici. Face aux autres techniques, et particulièrement aux
nouvelles techniques, mini-invasives ou percutanées, le scarf reste une ostéotomie
qui continue de faire ses preuves par sa fiabilité.
L’arthrodèse de l’articulation
métatarso-phalangienne du gros orteil combine la correction angulaire et rotationnelle
des déformations du premier rayon au traitement de la douleur d’origine
arthrosique. Le déroulement harmonieux du pas est préservé à condition que
les articulations tibio-taliennes et interphalangiennes du gros orteil soient
indemnes. Leur intégrité pèsera fortement dans l’indication de l’arthrodèse
du gros orteil. L’arthrodèse doit être fixée avec un valgus compris
entre 15 et 20 et une dorsiflexion
comprise entre 25 et 35 , réalisant ainsi un compromis biomécanique accepté
de tous. La résection des surfaces articulaires se fera par coupes à la scie
oscillante ou par resurfaçage avec des fraises spécifiques concentriques.
L’ostéosynthèse devra offrir un montage stable et solide pour permettre
une remise en charge immédiate et une fusion en bonne position à compter du
60e jour postopératoire, sans perte de correction. La fixation sera confiée
à des vis, axiales ou croisées, des broches, des agrafes. La rigidité du montage
sera optimisée par l’utilisation d’une vis petite spongieuse en
compression, et d’une plaque 1/4 de tube, fixée par des vis de 2,7 mm
et positionnée dorsalement en neutralisation. Ce montage sera particulièrement
intéressant pour les pertes de substance nécessitant une greffe osseuse complémentaire.
Les erreurs de positionnement (moins de 5 %), les pseudarthroses (10 % en
moyenne) et la surcharge de l’interphalangienne du gros orteil (moins
de 10 %) représentent l’essentiel des complications de cette technique
chirurgicale. Le positionnement idéal est obtenu dans 90 % des cas avec une
correction appréciable du metatarsus varus. L’action sur la douleur
est quasi constante. Le port de chaussures du commerce est effectif dans 80
% des cas. La qualité de vie est nettement améliorée et le score de l’AOFAS
est bon ou excellent dans 75 à 90 % des séries rapportées. Les patients se
disent satisfaits dans 90 % des cas. L’arthrodèse du gros orteil s’est
affirmée comme une technique chirurgicale de choix dans le traitement de
l’hallux valgus arthrosique,
dans l’hallux valgus du sujet âgé et dans les séquelles du traitement
chirurgical de l’hallux valgus.
La chirurgie mini-invasive
de l’hallux valgus suscite à la fois beaucoup d’intérêt et de
multiples questions. Ses indications pour le premier rayon sont très précises
: hallux valgus congruent (congénital), modéré (inférieur à 30), dont
le metatarsus varus reste inférieur à 16, jamais opéré et sans arthrose.
Sa place reste à définir dans l’arsenal des procédures chirurgicales
permettant de traiter cette déformation ; elle ne doit pas être galvaudée,
mais enseignée avec rigueur et sérieux, et surtout ses résultats doivent être
évalués afin d’être validés.
Les métatarsalgies sont des
douleurs localisées ou généralisées en regard d’une ou de plusieurs
têtes métatarsiennes durant l’appui. Les métatarsalgies peuvent être
primaires ou secondaires. Les métatarsalgies primaires sont d’origine
positionnelle ou fonctionnelle. Les métatarsalgies secondaires sont d’origine
métabolique, neurologique, iatrogénique ou traumatique. Le traitement est
essentiellement médical (orthèse plantaire). En cas d’échec, il deviendra
chirurgical.
Les radiographies standard
du pied sont le complément indispensable de l’interrogatoire et de l’examen
clinique, elles s’intègrent dans la démarche diagnostique et dans l’évaluation
des résultats de la chirurgie de l’avant-pied. Elles devront être réalisées
selon des conditions strictes, afin d’améliorer la reproductibilité
des mesures réalisées. Les incidences de base en charge sont : la face dorso-plantaire
des deux pieds, le profil du pied, les deux chevilles de face. Les incidences
complémentaires éventuelles sont : le dorso-plantaire en double exposition,
les incidences axiales des sésamoïdes, le trois quarts du pied. Parmi les
nombreuses mesures radiologiques décrites, les plus utilisées sont, sur la
face dorsoplantaire, les angles M1M5, M4M5, M1P1, M1M2, le DMAA ; sur le profil,
la ligne de Méary, l’angle de Djian, la pente calcanéenne, les angles
d’inclinaison des métatarsiens. La reproductibilité des mesures est
beaucoup améliorée par les logiciels de mesures semi-automatisées type FootLog®.
Les auteurs ont quantifié les rapports de longueurs relatives des métatarsiens
(« critères de Maestro ») et décrit des morphotypes métatarsiens radiographiques
: pied « normal », M2M3 longs, hypoplasie M4M5... Ces morphotypes ont été
analysés dans des populations de témoins « normaux », d’hallux valgus,
d’hallux rigidus. Les mesures angulaires et l’analyse des morphotypes
radiologiques, à partir d’un repère orthogonal tracé sur l’axe
sagittal passant par la tête de M2 et transversal à partir du centre du sésamoïde
latéral, permettent de planifier la chirurgie de l’avant-pied, en particulier
des ostéotomies métatarsiennes raccourcissantes, afin d’éviter les hypo-
et les hypercorrections.
Depuis presque quinze ans,
l’ostéotomie décrite par L. S. Weil est pratiquée, critiquée et améliorée.
Son concept se base sur une décompression subaxiale des métatarsiens. Par
opposition à la plupart des autres ostéotomies métatarsiennes de type diaphysaire
ou basale, elle permet une réduction aisée des luxations métatarso-phalangiennes,
un recul de la zone d’appui de façon planifiée et reproductible, garant
du soulagement de la métatarsalgie. Comme toute chirurgie intra-articulaire,
l’ostéotomie de Weil peut être à l’origine d’une raideur,
et une série de points techniques doivent être respectés. Son indication principale
est le traitement des métatarsalgies statiques, résistant au traitement conservateur,
associées ou non à une luxation métatarsophalangienne.
Dans les hyper appuis métatarsiens
sans excès de longueur, l’ostéotomie de la base du métatarsien est l’intervention
chirurgicale la mieux adaptée. L’ostéotomie BRT est une ostéotomie réglée
et fixée qui a ses meilleurs indications dans les métatarsalgies du pied creux,
dans les échecs chirurgicaux des autres ostéotomies, le mal perforant plantaire
et dans certains syndromes de surcharge du 2e rayon.
Le traitement des métatarsalgies
ne saurait se résumer aux ostéotomies de Weil, certes fort répandues, mais
qui ne recouvrent pas toutes les indications thérapeutiques ? Une ostéotomie
métatarsienne doit, au niveau des rayons latéraux, relever et reculer la tête
métatarsienne. Différentes ostéotomies extra articulaires sont décrites en
précisant leurs avantages et leurs inconvénients. Leur connaissance est nécessaire
afin de pouvoir s’adapter à toutes les situations pathologiques
La chirurgie percutanée de
la palette métatarsienne suscite à la fois beaucoup d’intérêt et de
multiples questions. Sa réalisation bouscule en effet des principes de planification
pré opératoires bien établis et appliqués rigoureusement en d’utilisation
de la technique de Weil qui fait référence à l’heure actuelle. Il n’y
a pas en effet de fixation après l’ostéotomie distale réalisée, laissant
ainsi la tête se positionner en fonction des charges qui lui sont appliquées
lors de la marche. Néanmoins, sa simplicité, la quasi nullité de sa morbidité,
la réalisation de cette chirurgie en ambulatoire et le fait qu’elle
puisse permettre bien souvent des reprises d’une chirurgie classique
dont on connaît les insuffisances, lui donnent à notre avis un grand avenir
dans la chirurgie de l’avantpied. Comme la chirurgie du premier rayon,
elle ne doit pas être galvaudée mais enseignée avec rigueur et sérieux, et
surtout ses résultats doivent être évalués afin d’être validés.
L’arthrose dite primitive
de l’articulation métatarso-phalangienne du premier rayon est plus communément
désignée en France par le terme d’hallux rigidus qui, en fait, correspond
au stade tardif de l’arthrose. De ce fait, les Anglo-Saxons préfèrent
le terme d’hallux limitus. Invalidante par les douleurs mécaniques et
la gêne au passage du pas, aisément reconnaissable cliniquement et radiologiquement,
elle relève d’un traitement souvent chirurgical, les techniques conservatrices
s’adressant aux formes modérées, les gestes radicaux aux arthroses évoluées.
Les os sésamoïdes font partie
de l’appareil phalango-sésamoïdien (APS) de l’hallux. Ils représentent
deux îlots de dureté, donc de renvoi instantané d’énergie, au sein d’une
structure viscoélastique. L’APS est d’une extrême résistance,
capable d’amortir de façon répétitive plusieurs fois le poids corporel.
Il est indispensable pour l’accélération du pas et la course, c’est
l’appareil de la performance. Il représente le plancher stable du troisième
pivot, au début de la flexion dorsale, il fonctionne comme une liaison pivot
(ginglyme à un axe de rotation transversal). Ensuite, lorsque la flexion se
poursuit, il fonctionne comme une liaison rotule (mode diarthrodial) ; cela
permet le serrage ligamentaire pour le verrouillage articulaire nécessaire
à la propulsion sur le quatrième pivot. Les sésamoïdes sont sujets à de nombreuses
variations, et ils sont le siège d’une pathologie riche, d’origine
locale autant que générale. L’ablation des deux sésamoïdes est à proscrire.
Le sésamoïde latéral, par sa relative fixité anatomique au deuxième métatarsien,
représente la pierre angulaire de l’architecture de l’avant-pied,
ainsi que le repère pour sa reconstruction chirurgicale éventuelle.
Les échecs de la chirurgie
de l’hallux valgus vont de 11 à 39 % selon les séries. Ils sont dominés
par la récidive, suivie de près par l’hallux varus. À ces complications
principales s’ajoutent l’infection, la non consolidation d’une
ostéotomie, les métatarsalgies de transfert, la raideur articulaires, la nécrose
avasculaire de la tête métatarsienne et les lésions nerveuses. Le traitement
chirurgical d’un échec nécessite une analyse soigneuse et complète de
la ou des causes de celui-ci : mauvaise indication, mauvaise réalisation,
complication liée à la technique, suites opératoires mal respectées. Le traitement
sera curatif, mais l’idéal est d’être préventif : bonne connaissance
des différents paramètres de la déviation du gros orteil permettant une chirurgie
adaptée à chaque cas.
La fréquence de l’hallux
varus après traitement chirurgical d’un hallux valgus est estimée entre
2 % et 13 %. L’hallux varus est mal toléré, il est dû au déséquilibre
de la balance tendineuse de la MP relevant de gestes excessifs réalisés lors
de la cure de HV. Quand la déformation est souple, le valgus peut être restauré
après arthrolyse par un transfert tendineux ou par une greffe osseuse réparant
la perte de substance due à une exostosectomie abusive. Si la MP est enraidie
et/ou arthrosique, l’arthrodèse est souhaitable.
Conséquence d’un traumatisme
ou d’un acte chirurgical, les pseudarthroses de métatarsiens latéraux
sont de thérapeutique parfois difficile. Le traitement nécessite une immobilisation
rigoureuse du foyer de pseudarthrose. Le brochage transversal est la solution
la plus fréquemment employée au niveau des 2e et 3e métatarsiens. Des ostéosynthèses
directes sont utilisées quand le brochage en cadre n’est pas possible.
La déformation des petits
orteils peut se situer au niveau de l’IPP (claw toe) ou au niveau de
l’IPD (mallet toe). Cette déformation, tout d’abord réductible,
peut se fixer et s’accompagner dans certains cas de luxation MP. L’étiologie
est dominée par les griffes d’origine statique, souvent associées à
un hallux valgus. Mais il faut savoir reconnaître, avec leur spécificité,
les griffes du pied creux, les griffes neurologiques et les griffes post-traumatiques.
Le traitement dépend de la cause de la griffe : résection arthroplastique
de l’articulation déformée, allongement ou transfert tendineux, voire
traitement indirect en présence de métatarsalgies.
Si l’atteinte de l’avant-pied
reste fréquente dans le cadre de la polyarthrite rhumatoïde, la prise en charge
chirurgicale s’en est vue largement modifiée depuis ces dix dernières
années. L’efficacité du traitement médical est aujourd’hui incomparable
et modifie le tableau habituel, inflammatoire et destructeur, des atteintes
classiques de cette maladie systémique au niveau de l’avant-pied. Les
procédures chirurgicales comme l’arthrodèse de la première articulation
métatarso-phalangienne associée à la résection des têtes métatarsiennes des
rayons latéraux restent cependant tout à fait d’actualité et ont montré
leur efficacité sur le soulagement de nos patients et sur la fiabilité de
leurs résultats dans le temps. Nous les conservons toujours comme référence
dans la prise en charge de l’avant-pied rhumatoïde. Cependant, le tableau
clinique de la polyarthrite rhumatoïde, devenue moins destructrice, évolue
et des solutions plus conservatrices doivent parfois pouvoir être proposées,
avec une grande prudence. La prise en charge actuelle de cette pathologie
ne doit en être que plus pluridisciplinaire.
Les talalgies représentent
une entité mal définie, avec de très nombreuses étiologies, certaines très
rares et d’autres extrêmement fréquentes. Nous en présentons quelques
causes fréquentes et abordons leur traitement. Celui-ci est d’abord
toujours conservateur, amenant à un net soulagement ou à une guérison chez
80 à 90 % des patients. Il faut toutefois savoir que l’évolution peut
être longue, et tant le patient que son médecin doivent en être conscients,
au risque d’aller vers le découragement. Plusieurs modalités thérapeutiques
sont présentées et discutées, la chirurgie étant nécessaire chez environ 5
à 10 % des patients, toutes étiologies confondues. Si l’indication est
soigneusement posée, la libération chirurgicale donne 90 % de résultats favorables
dans les cas rebelles de compression de la première branche du nerf plantaire
externe et de fasciites plantaires.
La métatarsalgie de Morton
est un symptôme très (trop ?) fréquemment diagnostiqué : son incidence réelle
est difficile à estimer et l’abondante littérature à son égard, controversée.
Il s’agit d’une neuropathie par enclavement d’un nerf interdigital,
sous le ligament intermétatarsien. Il peut être isolé ou, plus habituellement,
combiné avec une autre pathologie de surcharge de l’avant-pied. Le diagnostic
en est essentiellement clinique, et le traitement conservateur, basé sur l’adaptation
du chaussage et le support plantaire, est efficace si l’évolution est
de moins d’un an et si l’étiologie est traitée. En cas d’échec
de cette approche, l’indication chirurgicale doit être posée avec discernement,
car la « facilité » du geste opératoire ne doit pas masquer des complications
potentielles rebelles et très invalidantes.
La spécialité d’orthopédie-traumatologie
a une place importante et en augmentation dans les dossiers de responsabilité
médicale. Les résultats de cette chirurgie sont fonctionnels et mesurables
par chacun. Dès lors, toute inadéquation entre le résultat « ressenti » et
le résultat « escompté » peut faire l’objet de contestation et souvent
de demande de réparation. En cas de contentieux, une expertise médicale sera
diligentée par le magistrat. Le médecin incriminé devra pouvoir justifier
sa prise en charge (notamment l’indication opératoire, la surveillance
pré-, per- et post-intervention, les décisions thérapeutiques...). L’absence
d’information du patient peut être à l’origine d’une demande
d’indemnisation, ainsi que la survenue d’une infection nosocomiale.
Le principe général du droit médical est une responsabilité pour faute. Le
demandeur (le patient) doit prouver une faute du médecin. La responsabilité
est engagée en cas de faute à l’origine d’un dommage, sauf en
deux domaines prévus par la loi, où le patient peut être indemnisé sans avoir
à démontrer une faute : les infections nosocomiales et les produits défectueux.
Enfin, la loi du 4 mars 2002 a mis en place un nouveau dispositif d’indemnisation
des accidents médicaux, affections iatrogènes ou infections nosocomiales.
La réparation des préjudices du patient peut se faire au titre de la solidarité
nationale, lorsqu’ils sont directement imputables à des actes de prévention,
de diagnostic ou de soins, qu’ils ont eu pour le patient des conséquences
anormales au regard de son état de santé comme de l’évolution prévisible
de celui-ci et présentent un caractère de gravité.
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