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Conférences et enseignements

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Tumeurs osseuses bénignes

  Coordinateur(s) : Franck Chotel, François Gouin, Collection : Cahiers d'enseignement de la Sofcot

Sommaire :






Imagerie des tumeurs osseuses bénignes - Pages n° 3 à 17 - M. PANUEL, C. CHAGNAUD, P. PETIT, J.-L. JOUVE 

Les clichés radiographiques simples restent la pierre angulaire de l’exploration des tumeurs osseuses bénignes et des lésions pseudotumorales. L’imagerie en coupes (scanner et imagerie par résonance magnétique [IRM]) peut être indiquée pour une évaluation précise dans les zones d’anatomie complexe et pour une analyse plus détaillée de la lésion en particulier de sa structure et de ses rapports. La scintigraphie, de très faible spécificité, peut aider à apprécier son caractère agressif. Les objectifs du bilan d’imagerie sont de reconnaître la lésion, de renseigner sur son comportement et de proposer une gamme diagnostique la plus étroite possible en tenant compte des données cliniques et épidémiologiques. Une corrélation clinique–radiologique–pathologique est indispensable pour assurer un diagnostic exact et une prise en charge optimale du patient.

Anatomie pathologique des tumeurs osseuses bénignes - Pages n° 18 à 31 - G. DE PINIEUX 


Les lésions osseuses bénignes se répartissent en tumeurs bénignes vraies et en lésions pseudotumorales. La difficulté diagnostique posée par ces lésions est due au fait que, sur un plan histopathologique, la frontière entre bénignité et malignité est parfois extrêmement ténue. Les données radiocliniques sont, pour cette raison, précieuses au pathologiste. Les tumeurs bénignes présentent, suivant leur différenciation, certaines caractéristiques histologiques communes, essentielles à leur diagnostic. Dans les lésions ostéoformatrices bénignes, la prolifération ostéoblastique reste toujours très systématisée et se dispose en liseré autour de l’os qu’elle élabore. Ces ostéoblastes ne comportent pas d’atypie cytonucléaire ni d’activité mitotique importante et/ou atypique. Ces derniers critères cytologiques sont aussi essentiels dans le diagnostic différentiel entre kyste anévrismal et ostéosarcome télangiectasique, qui partagent par ailleurs une même architecture. Dans le cadre des tumeurs cartilagineuses, ces critères cytologiques peuvent être pris en défaut, un quart environ des chondrosarcomes de bas grade ayant la même cytologie qu’un chondrome. Le diagnostic de ces tumeurs repose cette fois sur des critères architecturaux, un chondrome ne s’accompagnant pas de signe de résorption de l’os adjacent. L’apport de l’immunohistochimie dans le diagnostic d’une tumeur osseuse bénigne est restreint. Celle-ci peut être utile dans le diagnostic de chondroblastome, tumeur positive pour la protéine S100 et aider notamment à la différencier d’une tumeur à cellules géantes. Elle est incontournable dans l’histiocytose langerhansienne dont le diagnostic ne pourra être affirmé que par la positivité du CD1a, marqueur spécifique de la cellule de Langerhans. La biologie moléculaire permettra certainement de mieux comprendre les mécanismes de la tumorogenèse osseuse et de définir de nouveaux critères diagnostiques et pronostiques. Cette approche a récemment permis d’établir les bases moléculaires de la dysplasie fibreuse, impliquant des mutations activatrices de la sous-unité de la protéine G stimulatrice.

Règles de biopsie - Pages n° 32 à 42 - P. ROSSET

La biopsie d’une lésion osseuse est à la fois un acte diagnostique et la première étape de la prise en charge thérapeutique d’une tumeur osseuse. Sa réalisation conditionne le bon déroulement du traitement. La biopsie doit être faite, après un bilan d’imagerie complet, par l’équipe chirurgicale qui assurera l’ensemble du traitement, car le trajet de la biopsie devra être excisé en monobloc avec la tumeur si une résection est nécessaire. Les tumeurs osseuses, surtout si elles sont suspectes de malignité, doivent être prises en charge dans des centres spécialisés, par une équipe associant les services d’imagerie, d’anatomopathologie, de chirurgie orthopédique et de cancérologie. Cette discussion multidisciplinaire du dossier permettra de préciser l’indication de la biopsie et ses modalités techniques. Les biopsies percutanées sont amenées à se développer, mais la référence, en cas de doute, reste la biopsie à ciel ouvert, permettant un prélèvement plus volumineux. L’interprétation des résultats de la biopsie doit se faire en tenant compte de l’ensemble des éléments cliniques et d’imagerie. Un traitement ne doit pas être débuté sans avoir un diagnostic précis. Il faut donc savoir refaire une biopsie en cas de doute.

Cytogénétique des tumeurs osseuses bénignes - Pages n° 43 à 46 - J. COUTURIER, C. TURC-CAREL 

Le domaine de la cytogénétique des tumeurs bénignes osseuses et cartilagineuses est encore peu exploré, d’abord pour des raisons techniques en raison de la faible prolifération cellulaire in vitro, mais aussi car très peu présentent des aberrations chromosomiques. Cependant, pour quelques lésions, des anomalies du caryotype ont été clairement identifiées à plusieurs reprises. Les exostoses, qu’elles soient sporadiques ou survenues dans le cadre héréditaire de la maladie exostosante, montrent de façon clonale des pertes ou des remaniements chromosomiques des régions 8q24.1(gene EXT1) et 11p11 (EXT2). La rare exostose subunguéale de Dupuytren montre un remaniement chromosomique spécifique, une translocation t(X;6)(q25;q21). Il n’a pas été identifié d’anomalie spécifique dans les chondromes, mais certains chromosomes, en particulier les 5, 6, 7, et 12, sont impliqués de façon récurrente. Les lésions de chondromatose synoviale montrent des anomalies clonales impliquant de façon récurrente le chromosome 6, ayant pour résultat des délétions de ce chromosome. Des anomalies clonales récurrentes en deux régions du bras long du chromosome 6, 6q13 et 6q25, sont trouvées dans le fibrome chondromyxoïde. Enfin, certaines dysplasies fibreuses étudiées montrent des anomalies clonales récurrentes, se répartissant en remaniements de 12p13 et trisomie 2. Les fibromes cémento-ossifiants sont caractérisés par un remaniement ou une translocation spécifique t(X;2)(q26;q33). Les kystes anévrismaux sont caractérisés par des remaniements de la région 17p13, le plus fréquent étant une translocation t(16;17)(q22;p13) qui aboutit à la formation d’un gène chimérique par fusion du gène CDH11 et du gène USP6. Les tumeurs à cellules géantes des os sont caractérisées par des fusions télomériques non clonales entre chromosomes.

Traitement chirurgical des tumeurs osseuses bénignes - Pages n° 47 à 61 - P. ANRACT, B. TOMENO 

Les tumeurs osseuses bénignes relèvent souvent d’un traitement chirurgical. En fonction du potentiel évolutif de la tumeur, de sa localisation, de l’âge du patient, les modalités opératoires sont variables. Un traitement intralésionnel par curetage est souvent proposé. Celui-ci doit répondre à une technique rigoureuse, surtout chez l’enfant ou dans le cas des tumeurs agressives ; le comblement de la cavité peut faire appel aux autogreffes, aux allogreffes, aux biomatériaux ou au ciment. En fonction des conditions mécaniques, une ostéosynthèse doit être discutée. Les résections extratumorales trouvent également des indications : elles peuvent être sous-périostées chez l’enfant, marginales ou larges, posant alors les mêmes problèmes de reconstruction que dans le cas des tumeurs malignes. Enfin, des gestes percutanés sont indiqués dans certaines tumeurs bénignes : injection de corticoïdes, d’éthibloc, de ciment, d’os déminéralisé ou traitement par radiofréquence. Dans tous les cas, la stratégie chirurgicale doit discuter le recours à des traitements adjuvants, comme l’embolisation, le traitement local de la cavité de curetage, ou les biphosphonates.

Ostéome ostéoïde et ostéoblastome - Pages n° 65 à 77 - J.-M.


L’ostéome ostéoïde et l’ostéoblastome sont deux tumeurs bénignes ostéoformatrices voisines qui se distinguent par leur taille : moins de 15 mm pour l’ostéome ostéoïde, plus de 20 mm pour l’ostéoblastome. Elles s’expriment toutes deux cliniquement par la douleur. L’ostéome ostéoïde se caractérise à la radiographie par une image du nidus en cocarde, par une hyperfixation intense à la scintigraphie, et par une cocarde bien dessinée au scanner. Une imagerie typique est suffisante à poser le diagnostic et autorise des résections ou des destructions percutanées par la chaleur (photocoagulation laser, radiofréquences) évitant les fragilisations obtenues jadis par des résections chirurgicales imprécises. Désormais, le traitement chirurgical par exérèse n’est justifié que pour les cas dont l’imagerie n’est pas absolument typique et qui nécessitent un examen anatomopathologique qui est malheureusement toujours incertain dans les techniques percutanées. L’ostéoblastome est plus rare, plus polymorphe, moins sclérosant. Touchant souvent le rachis, il peut s’accompagner de signes neurologiques compressifs. Son exérèse chirurgicale est suffisante à la guérison.

Exostose ostéogénique et maladie des exostoses multiples - Pages n° 78 à 97 - B. DOHIN, P. BONNEVIALLE 

L’exostose ostéogénique et la maladie exostosante ont en commun leur expression tumorale bénigne à double contingent osseux et cartilagineux. Elles sont caractérisées par leur potentiel évolutif tout au long de la croissance. L’exostose ostéogénique ou ostéochondrome possède un diagnostic de certitude avant biopsie. Rarement, elle présente des difficultés de diagnostic différentiel, mais surtout de traitement chirurgical dans certaines localisations. L’indication de l’exérèse simple s’impose peu fréquemment et mérite d’être réfléchie en cas d’exostose symptomatique. La maladie exostosante revêt différentes formes cliniques dont les plus graves peuvent avoir un retentissement fonctionnel important. La physiopathologie de la maladie s’est éclaircie avec l’identification récente de trois gènes impliqués dans une activité « tumeur suppressive ». Il n’y a actuellement pas de corrélation confirmée entre le génotype et la clinique, mais on peut proposer trois tableaux cliniques de valeur pronostique. D’un point de vue évolutif, deux aspects importants méritent d’être soulignés. D’une part, la possibilité d’une dégénérescence chondrosarcomateuse chez l’adulte dont le risque peut être évalué à 1 % dans la maladie exostosante mais dont le dépistage ne peut être négligé en particulier dans les formes sévères et au niveau des ceintures. D’autre part, les troubles de croissance des membres dont le traitement de certaines déformations, en particulier au niveau de l’avant-bras et des chevilles, est encore largement discuté. Sans céder à une inflation thérapeutique, le devenir des patients atteints de maladie exostosante multiple mérite d’être considéré. Des indicateurs thérapeutiques au niveau de l’avant-bras, des hanches ou des chevilles sont mieux précisés dans le dessein de prévenir des déformations orthopédiques à retentissement fonctionnel et social non négligeable, une fois la maturité osseuse atteinte. La recherche génétique apportera peut-être un outil pronostique permettant l’identification précoce de formes, potentiellement graves, autorisant à anticiper les évolutions péjoratives carcinologiques ou fonctionnelles.

Chondromes - Pages n° 98 à 104 - A. ROCHWERGER


Les chondromes sont des tumeurs bénignes osseuses fréquentes, avec une atteinte préférentielle des phalanges des doigts. La chondromatose incluant la maladie d’Ollier et le syndrome de Maffucci peuvent engager le pronostic fonctionnel alors que les formes solitaires intramédullaires (enchondrome), et périostées peuvent poser des problèmes diagnostiques en raison de dégénérescence sarcomateuse dont la fréquence varie avec leur localisation. L’association de critères cliniques, épidémiologiques, iconographiques et anatomopathologiques va permettre de faire le diagnostic. Sur le plan thérapeutique, l’abstention est la règle pour les formes asymptomatiques et/ou distales. Dans les autres cas, les chondromes répondent à un traitement conservateur de type curetage–comblement. La difficulté du diagnostic différentiel entre chondrome et chondrosarcome de bas grade reste une réalité à ce jour.

Maladie d’Ollier ou enchondromatose multiple - Pages n° 105 à 113 - P. JOURNEAU, T. HAUMONT, P. LASCOMBES

La maladie d’Ollier, ou enchondromatose multiple, est une maladie osseuse constitutionnelle rare, dont le démembrement génétique et moléculaire est actuellement en cours. Les lésions sont des chondromes intraosseux, de localisation anarchique, qui posent des problèmes spécifiques selon l’âge. Alors que la prise en charge durant les deux premières décennies a été dominée par des complications orthopédiques mécaniques : déviation axiale, inégalité de longueur des membres, le dépistage d’une dégénérescence éventuelle des lésions chondromateuses reste la préoccupation principale des patients adultes jeunes. L’existence d’une douleur chronique ou des modifications radiologiques sont les signes d’appel les plus fréquents.

Chondroblastome - Pages n° 114 à 131 - F. SAILHAN, F. CHOTEL 

Le chondroblastome est une tumeur bénigne de nature cartilagineuse rare se développant dans les centres secondaires d’ossification des os longs chez des sujets âgés de 10 à 20 ans. Il est rarement rencontré avant l’âge de 5 ans et après 35 ans. Le sexratio est de 2 hommes pour 1 femme. Les localisations préférentielles du chondroblastome sont l’extrémité supérieure du tibia, de l’humérus, les épiphyses fémorales et les os du tarse. Le bilan d’imagerie du chondroblastome doit comporter une radiographie standard et une IRM. Son traitement est avant tout chirurgical et pose le problème de l’accès à l’épiphyse. Le curetage minutieux, simple ou associé à un comblement par greffe ou par ciment, est la technique de choix. Des mesures adjuvantes, comme la phénolisation, sont utilisées par certains en complément du curetage. La résection en bloc de la lésion peut être indiquée pour des formes récidivantes et/ou agressives ou pour des chondroblastomes circonscrits à un segment osseux dont le sacrifice ne posera pas de problème fonctionnel. La radiothérapie, pouvant entraîner une transformation maligne de la lésion et/ou, chez l’enfant, une stérilisation du cartilage de croissance voisin, ne doit plus être employée. Chez l’adulte, le diagnostic différentiel de chondrosarcome à cellules claires doit être évoqué. Des cas de métastases pulmonaires provenant d’authentiques chondroblastomes ont été rapportés. Selon les séries, les taux de récidives après curetage vont de 10 à 38 % des cas. Un curetage itératif est alors proposé. À ce jour, en dehors du curetage incomplet, les facteurs de risque de récidive du chondroblastome ne sont pas clairement identifiés.

Cortical defect et fibrome non ossifiant - Pages n° 132 à 140 - C. JEANROT


Le cortical defect et le fibrome non ossifiant sont des termes qui désignent le même processus histopathologique au même titre que la lacune corticale métaphysaire. Il s’agit d’une dystrophie osseuse bénigne faite de tissu fibroblastique. Elle atteint presque exclusivement le sujet jeune entre 10 et 20 ans avec une légère prédominance masculine et siège préférentiellement dans la métaphyse inférieure des os longs, en particulier le fémur et le tibia. Son aspect radiographique est le plus souvent caractéristique du diagnostic : lacunaire métaphysaire proche de la plaque épiphysaire de croissance en position excentrée contre la corticale. Sa limite est nette avec une fine sclérose et sa taille maximale est de 6 à 7 cm de diamètre. La biopsie osseuse est donc inutile quand les critères radiographiques sont tous présents et corrélés à l’âge du patient, ainsi qu’à la localisation de la lésion. L’évolution habituelle est la cicatrisation spontanée en quelques années. Une surveillance radiographique est donc suffisante. En cas de doute diagnostique, un curetage–biopsie de la lésion est justifié et sera associé à une ostéosynthèse et/ou à un comblement osseux selon l’intégrité osseuse et la taille de la lésion. La fracture pathologique est un événement rare corrélé à la taille de la tumeur (plus de 50 % de la surface osseuse). Son traitement est toujours chirurgical.

Dysplasie fibreuse - Pages n° 141 à 157 - G. BOLLINI, Y. MAUGARS 

La dysplasie fibreuse (DF) est une néoplasie bénigne non transmissible, sporadique, liée à une mutation postzygotique activatrice du gène GNAS1 codant pour la sous-unité de la protéine Gs. Selon la date de survenue de l’affection, plus ou moins d’organes cibles seront le siège d’une atteinte en mosaïque faisant cohabiter tissu sain et tissu pathologique. Quand la mutation survient tôt, les trois feuillets embryonnaires peuvent être touchés, donnant le syndrome de Mac Cune-Albright (SMCA) associant endocrinopathies d’hyperfonctionnement avec puberté précoce, taches cutanées « café au lait » et lésions osseuses. Si la mutation survient plus tard, seuls les tissus osseux seront atteints avec des formes diffuses de la maladie, polyostotiques, volontiers hémiméliques, et des formes localisées, uniques, monostotiques. Une autre présentation, le syndrome de Mazabraud, associe atteintes osseuses et myxomes intramusculaires. Dans le SMCA, hypophyse, thyroïde, surrénale peuvent aussi être le siège de la mutation, donnant des syndromes endocriniens complexes. Les manifestations cliniques en rapport avec l’atteinte osseuse se résument aux douleurs, fractures (80 % des formes polyostotiques) et déformations, dont la plus difficile à traiter est la déformation en crosse de bâton de berger de l’extrémité supérieure du fémur. Les atteintes osseuses craniofaciales peuvent se compliquer de cécité ou de surdité. Les transformations sarcomateuses des lésions osseuses ne sont pas exceptionnelles. Le bilan d’imagerie comprendra une scintigraphie osseuse, permettant une cartographie des lésions dans les formes polyostotiques, complétée par une tomodensitométrie (TDM) si une hyperfixation craniofaciale est décelée. Dans ces formes, la biopsie est rarement nécessaire pour faire le diagnostic ; c’est dans les formes monostotiques qu’elle peut devenir nécessaire pour éliminer en particulier un ostéosarcome intraosseux de bas grade de malignité. L’utilisation des bisphosphonates dans le traitement de la DF permettrait de diminuer les douleurs osseuses et de prévenir la survenue de nouvelles fractures. La prise en charge chirurgicale des déformations ou de certaines fractures se heurte à des difficultés techniques dues à la mauvaise trophicité de l’os. Il faut privilégier les fixations centromédullaires au détriment des ostéosynthèses par plaques vissées.

Granulome éosinophile et histiocytose à cellules de Langerhans - Pages n° 158 à 175 - E. MASCARD

Le granulome éosinophile est la forme osseuse de l’histiocytose langerhansienne. Il s’agit d’un ensemble de maladies considérées autrefois comme distinctes qui ont été regroupées car elles correspondaient toutes à une prolifération de cellules de Langerhans pathologiques. Les termes histiocytose X, maladie de Letterer- Siwe, maladie de Hand-Schüller-Christian sont donc remplacés par celui d’histiocytose langerhansienne. Les causes précises de cette maladie sont encore inconnues, mais les recherches semblent mettre en évidence une association de phénomènes inflammatoires chroniques et de prolifération cellulaire clonale. Il s’agit d’une lésion assez rare qui peut se présenter comme une tumeur osseuse isolée, comme plusieurs lésions osseuses disséminées, sans atteinte extrasquelettique ou faire partie d’une maladie multiviscérale, où les localisations osseuses sont au second plan. Elle atteint surtout les enfants, avec un pic de fréquence entre 1 et 3 ans, mais peut se voir à tout âge, jusqu’à plus de 80 ans. Dans les formes osseuses, l’âge moyen de diagnostic est d’environ 12 ans. Chez l’enfant, le crâne, puis les extrémités proximales du fémur et de l’humérus sont les plus touchés. Les atteintes du bassin, du rachis, des côtes et des diaphyses des os longs sont fréquentes, mais tout le squelette peut être atteint. Radiologiquement, l’aspect est très variable, réalisant habituellement une image lytique parfois associée à une réaction périostée en lamelles. Au rachis, l’image de vertebra plana est typique mais non pathognomonique. Le diagnostic de certitude est histologique et repose, de nos jours, sur la mise en évidence d’antigènes CD1a à la surface des cellules pathologiques. L’évolution des formes osseuses uniques est bénigne, pouvant guérir spontanément, après simple biopsie ou après un traitement local simple, curetage ou ostéosynthèse préventive en cas de menace mécanique. Dans les formes osseuses disséminées, un traitement par voie générale est souvent nécessaire et le patient doit être pris en charge dans un service d’hémato-oncologie ou de pédiatrie. Ces formes disséminées ou multiviscérales sont volontiers récidivantes et peuvent laisser des séquelles tardives, orthopédiques (désaxations, inégalité, cyphose), endocrinologiques (diabète insipide, déficit en growth hormone [GH]), voire neurologiques par exemple. Les patients doivent être inscrits au registre des histiocytoses à des fins de recherche sur cette maladie assez rare dont les causes et l’évolution sont encore incertaines.

Kyste osseux essentiel - Pages n° 176 à 187 - J.-P. CAHUZAC, J. SALES DE GAUZY 

Le kyste osseux essentiel est une lésion osseuse lytique bénigne. Son origine n’est pas élucidée. C’est une lésion du sujet jeune, 90 % de ces kystes sont diagnostiqués avant l’âge de 20 ans. Il se situe, dans plus de 95 % des cas, au niveau de la métaphyse supérieure de l’humérus ou du fémur. Le diagnostic différentiel se pose essentiellement avec le kyste anévrismal. L’évolution du KOE se fait vers la migration en zone diaphysaire et la guérison spontanée. Cependant, avant la guérison, des complications peuvent survenir. Les fractures sont fréquentes et le risque dépend essentiellement de la taille du kyste. Plus rarement, le kyste peut s’étendre en zone épiphysaire et entraîner un trouble de la croissance. De nombreux traitements sont proposés pour accélérer la guérison : curetage et comblement (par os ou substitut osseux), injections intrakystiques (corticoïdes ou moelle osseuse), perforations multiples. Enfin, l’enclouage centromédullaire élastique stable permet de traiter le kyste et de diminuer le risque fracturaire. Aucun de ces traitements n’a fait la preuve de sa supériorité.

Kyste osseux anévrismal - Pages n° 188 à 200 - J. COTTALORDA, F. GOUIN 

Le kyste osseux anévrismal est une dystrophie osseuse toujours bénigne. Il peut survenir à tout âge, mais la majorité des cas sont diagnostiqués avant 20 ans. Cette lésion le plus souvent solitaire, réalise une distension cavitaire uni- ou pluriloculaire de l’os à contenu hématique. De nombreux auteurs distinguent les kystes osseux anévrismaux primitifs et secondaires : ces derniers représentent 30 % des cas, et doivent toujours faire rechercher une lésion masquée bénigne ou maligne devant un diagnostic de kyste osseux anévrismal. La clinique est sans spécificité, mais l’imagerie par IRM permet le plus souvent d’évoquer le diagnostic par la présence de logettes séparées par des septa et des niveaux liquides. La biopsie est cependant nécessaire au diagnostic. Les méthodes thérapeutiques sont multiples, traduisant l’évolution le plus souvent imprévisible de cette dystrophie osseuse. Dans certains cas, la biopsie déclenche des phénomènes de cicatrisation permettant la régression du kyste. Différents traitements locaux par injections intrakystiques sont également proposés, de même que l’embolisation thérapeutique. Le traitement chirurgical sera le plus souvent conservateur et intralésionnel du fait de la bénignité de cette lésion, la résection, qui limite le risque de récidives, étant surtout réservée à certains cas chez l’enfant et lorsqu’elle n’entraîne pas de déficit fonctionnel notable.

Tumeurs à cellules géantes - Pages n° 201 à 219 - A.BABINET

Les tumeurs à cellules géantes (TCG) représentent 5 % des tumeurs osseuses primitives et 20 % des tumeurs osseuses primitives bénignes. Elles surviennent chez l’adulte jeune à tout âge mais le pic de fréquence se situe vers 30 ans. Les formes pédiatriques sont rares. Il existe une prédominance féminine avec un sex-ratio de 60 %. La symptomatologie n’est pas spécifique et les fractures pathologiques ne sont pas rares, survenant dans 11 à 37 % des cas en fonction des séries. Les TCG touchent les os longs dans plus de 80 % des cas. Les localisations les plus fréquentes sont le fémur distal, le tibia proximal, l’humérus proximal et le radius distal. Le bassin peut être atteint avec une prédilection pour l’aile iliaque et un respect habituel de la région périacétabulaire. Les localisations vertébrales existent, elles prédominent au niveau du sacrum. Les autres localisations comme la clavicule, les côtes, les os courts des mains sont plus rares. Au niveau des os longs, les TCG siégent au niveau de l’épiphyse avec une extension possible vers la métaphyse et le cartilage articulaire. Elles se présentent le plus souvent comme des lésions lytiques pures sans liseré de condensation périphérique. Les diagnostics différentiels discutés le plus souvent sont les autres tumeurs épiphysaires, à savoir le chondroblastome, le chondrosarcome à cellules claires et le kyste anévrismal. La biopsie est indispensable au diagnostic et doit être large pour ne pas méconnaître un secteur sarcomateux. Le traitement repose sur un curetage agressif associé à un comblement variable selon les équipes (allogreffe, autogreffe, ciment). Certains traitements adjuvants sont proposés comme le phénol, l’azote liquide ou la thermocoagulation des parois de la cavité tumorale pour diminuer le risque de récidive. Quand le curetage n’est plus possible, la résection marginale est la règle, la reconstruction variant en fonction de la localisation. Les récidives locales sont fréquentes de l’ordre de 30 % après curetage, ce qui justifie une surveillance rigoureuse de cette maladie surtout les deux premières années. En cas de récidive, le curetage reste le traitement de référence s’il est encore réalisable.

Fibrome chondromyxoïde - Pages n° 220 à 226 - F. BERGERAULT

Le fibrome chondromyxoïde est une tumeur osseuse bénigne d’origine cartilagineuse décrite en 1948 par Jaffe et Lichtenstein. Cette tumeur représente moins de 1 % de toutes les tumeurs osseuses. Elle est surtout diagnostiquée pendant les deuxième et troisième décennies, les signes cliniques (douleur, tuméfaction) évoluant depuis plusieurs mois ou années. L’aspect radiographique est variable en fonction de l’os concerné. Il s’agit typiquement d’une lésion métaphysaire radiotransparente excentrée, ronde ou ovalaire avec un grand axe parallèle à celui de l’os. Histologiquement, le fibrome chondromyxoïde associe à des degrés divers des zones chondroïdes, fibreuses et myxoïdes. Des cas de transformation maligne ont été rapportés mais il s’agit très probablement de chondrosarcomes myxoïdes interprétés initialement par erreur comme fibromes chondromyxoïdes. Le taux de récidives après traitement est de 20 %, il n’est pas lié au type histologique. Le traitement du fibrome chondromyxoïde doit être une exérèse chirurgicale large conservatrice en évitant le curetage du fait d’un haut risque de récidive.

Pseudotumeurs et images osseuses physiologiques - Pages n° 229 à 249 - J. LECHEVALLIER, P. SIMON 

Les pseudotumeurs peuvent être totalement asymptomatiques et de découverte fortuite ou, au contraire, se manifester cliniquement sous la forme d’un syndrome tumoral. Elles peuvent, sur le plan radiographique, être suffisamment typiques pour que leur diagnostic puisse être d’emblée affirmé, qu’elles se présentent sous forme d’images ostéocondensantes, d’images lacunaires, d’images d’ostéolyse, ou encore d’images d’ossifications du périoste ou des parties molles. Toutefois, dans nombre de situations, la confrontation avec les données cliniques est essentielle pour éviter de porter un diagnostic de tumeur par excès. De plus, dans certains cas, les examens IRM peuvent légitimement inquiéter alors que les images standard étaient plutôt rassurantes. C’est dire l’importance d’une analyse des données anamnestiques, cliniques, radiologiques et éventuellement histologiques pour poser le juste diagnostic.

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