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Conférences et enseignements

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ConfÉrences d'enseignement 2003

  Coordinateur(s) : Jacques Duparc - Collection : Cahiers d'enseignement de la Sofcot - Marque : Elsevier
  Une publication de : Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (Sofcot)

Sommaire :




Quelles ruptures transfixiantes de la coiffe des rotateurs doivent être réparées ? Pourquoi, quand, comment ?

Pages 1-13 - D. Goutallier

La coiffe des rotateurs est indispensable pour que l'épaule ait une bonne fonction. La réparation des ruptures transfixiantes est donc logique. Mais cette logique est ébranlée par trois faits :

1) les ruptures itératives après réparation par suture simple sont fréquentes ;

2) les réparations réussies donnent rarement une épaule normale ;

3) la chirurgie palliative non réparatrice donne des résultats fonctionnels corrects. Deux éléments expliquent la fréquence des ruptures itératives et la fonction imparfaite des épaules dont la coiffe a été réparée avec succès. Les muscles dont les tendons sont rompus acquièrent progressivement une dégénérescence grais-seuse (DG). Elle affaiblit leur fonction dès qu'elle est supérieure à 2. Lorsque la DG atteint les muscles abaisseurs de la tête humérale (infraspinatus et sub-capularis), la rupture itérative de la coiffe (et surtout celle du supraspinatus) est quasiment inéluctable. Elle est due à une conflit anatomique entre le supraspinatus et l'auvent acromiocoracoïdien par remontée de la tête humérale. Les moignons tendineux réinsérés sont le plus souvent histologiques anormaux donc mécaniquement insuffisants.

Pour obtenir une réparation anatomique valable, il faut

1) exciser les moignons tendineux rompus macroscopiquement anormaux, - cela oblige souvent à faire des gestes plastiques tendineux ,

2) renforcer ou remplacer les muscles infraspinatus et subscapularis atteints d'une dégénérescence graisseuse notable. Ces gestes réduisent considérablement la fréquence des ruptures itératives. Cela est surtout vrai pour les techniques d'avancement musculotendineux à condition que la DG de l'infraspinatus soit égale  à 2. Ces techniques d'avancement musculotendineux donnent alors des résultats fonctionnels meilleurs que ceux obtenus par les gestes non réparateurs et les lambeaux tendinomusculaires régionaux. En conclusion, la réparation des ruptures atteignant le supraspinatus et l'un ou les deux autres tendons apparaît indispensable pour redonner une fonction satisfaisante à l'épaule. De telles ruptures doivent être réparées sans tension, après excision des moignons tendineux macroscopiquement anormaux et rapidement avant que la dégénérescence graisseuse ne devienne trop importante chez des sujets jeunes et motivés. Si ces conditions ne sont pas remplies, la chirurgie non réparatrice est capable d'améliorer l'épaule aussi bien et plus facilement que les réparations utilisant des lambeaux régionaux.

Ostéochondrite disséquante du genou traité par la mosaicplasty

Pages 15-30 - R.P. JAKOB, D. PETEK  

L'ostéochondrite disséquante est une maladie de l'adolescence avec fragmentation ostéochondrale en des endroits typiques du genou. Une fois que l'os est détaché de son lit et le cartilage fissuré, tout le fragment peut se détacher. La refixation peut être réalisée seulement au stade précoce. Plus tard, le remplacement par la mosaicplasty représente une technique adéquate parce que l'on remplace en même temps l'os et le cartilage sous forme d'un implant déjà prêt. Quarante-deux patients ont été traités depuis 1995. Les résultats ont été gratifiants, avec pourtant un nombre de gestes chirurgicaux concomitants ou secondaires ; 30 % ont subi en plus des réaxations (ostéotomies). Comme complication, on note chez 3 patients une non-intégration de 1 ou 2 cylindres ; 2 des patients étaient des fumeurs. Ils ont été traités par greffe secondaire et, dans un cas, avec une greffe spongieuse couverte de périoste. Les limites de la technique sont la taille du fragment et la pathologie du site de donneur. Sont également à noter des altérations du cartilage dues à une impaction forcée des cylindres durant l'implantation.

Voies d'abord du rachis cervical et de la charnière cervicothoracique (de C2 à T3)

Pages 31-54 - J.M. VITAL

Dans cette conférence d'enseignement, il est décrit l'abord de la colonne vertébrale de l'axis (C2) compris à T3 compris car la charnière cervicothoracique (CCT), en pratique chirurgicale, dépasse la limite anatomique stricte du disque C7-T1. La voie postérieure est assez simple et uniforme de C2 à T3 : elle pose des problèmes d'installation et présente des risques spécifiques dominés par l'infection. La voie antérieure pose des problèmes variés selon le niveau vertébral ; pour aborder le corps de C2, on peut discuter de la voie transorale simple et directe, mais aux indications limitées. La voie antérolatérale présterno-cléido-mastoïdienne prévasculaire est le plus souvent utilisée pour aborder le rachis cervical bas et même T1 voire T2. Dans sa portion sus-hyoïdienne, les rapports artériels et nerveux sont plus complexes que dans sa portion sous-hyoïdienne où le nerf laryngé inférieur (nerf récurrent) pose un problème particulier en C7-T1. Par voie rétrovasculaire, on peut aborder l'artère vertébrale et les nerfs du plexus brachial. La CCT fréquemment touchée en traumatologie et en pathologie tumorale secondaire est barrée par le manubrium sternal dont on doit apprécier la position par rapport aux vertèbres thoraciques hautes sur une imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) en coupe sagittale médiane. Derrière cette barrière osseuse, il existe une barrière vasculaire principalement veineuse. La section complète du sternum n'apporte pas beaucoup plus que la résection haute du manubrium. Des voies combinées antérieure et  postérieure ont été proposées pour assurer décompression et stabilisation dans les cas les plus difficiles. L'endoscopie, récemment appliquée à cette région de la colonne vertébrale, assure un meilleur éclairage, notamment au niveau de la CCT, mais ne semble pas avoir l'avenir qu'elle connaît en région thoracique ou lombaire.

Arthroscopie du coude

Pages 55-68 - F. KELBERINE

L'arthroscopie fait partie intégrante de l'arsenal théra-peutique des pathologies articulaires. Comme au genou et à l'épaule, les articulations profondes (hanche) et/ou petites (cheville et coude) sont concernées. Au coude, la technique s'est systématisée, autorisant une exploration complète des compartiments antérieur et postérieur. Son apprentissage spécifique (respect des précautions et ordre des abords) permet d'en minimiser les risques, en particulier neurologiques. L'intérêt de l'arthroscopie a été clairement démontré dans certaines indications (corps étrangers, ostéochondrite du capitellum, pathologie syno-viale). Son essor est en cours dans les arthrolyses, la bursectomie rétro-olécrânienne. Elle reste encore expérimentale dans le traitement des fractures ou de l'épicondylite. L'examen préopératoire de référence est l'arthro-scanner qui permet d'analyser l'anatomie ostéoarticulaire et le contenu de l'article.

Traitement moderne des lésions méniscales. Réparation méniscale - Reconstruction méniscale

Pages 69-87 - P. BEAUFILS

Lésion méniscale ne signifie pas méniscectomie. La biomécanique du genou et la vascularisation des ménisques (et donc la possibilité de cicatrisation), les résultats des méniscectomies (même sous arthroscopie) avec un taux significatif de pincement secondaire de l'interligne ont conduit au concept de préservation méniscale. Ce concept recouvre l'abstention de tout traitement et la réparation méniscale. Plus récemment, en cas de genou symptomatique après méniscectomie, le concept de reconstruction méniscale a été proposé comme alternative à la classique ostéotomie. La réparation méniscale est maintenant une technique acceptée. À ciel ouvert, elle donne de bons résultats à long terme. Les techniques de suture méniscale sous contrôle arthroscopique (dedans en dehors ou dehors en dedans) ont ensuite été proposées, mais elles nécessitaient encore un abord postérieur pour éviter les complications neurovasculaires. Des techniques dites « tout en dedans » ont ensuite été développées, utilisant des attaches biorésorbables ou, plus récemment, des fils de suture. Ces techniques récentes, prometteuses, doivent cependant faire l'objet d'évaluation clinique à moyen et long termes. Les résultats cliniques sont bons en termes de taux de méniscectomie secondaire (environ 10 %). Mais les résultats fonctionnels ne permettent pas d'apprécier la cicatrisation, qui est le but de la réparation méniscale. Certains échecs de cicatrisation peuvent être asymptomatiques. Il est donc nécessaire de s'assurer d'un contrôle objectif de la réparation méniscale : par arthroscopie, par IRM ou, surtout, par arthroscanner qui paraît être l'examen le plus adapté. Les indications dépendent essentiellement de 2 facteurs : la localisation de la lésion et le contexte étiologique. Les lésions qui siègent en zone vascularisée du ménisque sont les meilleures indications sur les arguments que le potentiel de cicatrisation est bon et qu'une méniscectomie serait totale ou subtotale. À l'inverse, les lésions en zone dite « blanc-blanc » ne relèvent habituellement pas de cette indication (à l'exception peut-être du clivage intraméniscal du sujet jeune et sportif). Les lésions associées à une rupture du ligament croisé antérieur doivent être préservées au maximum par abstention ou par réparation méniscale. Le ligament croisé antérieur doit être systématiquement reconstruit. Sur genou stable, l'indication de choix est la lésion verticale périphérique du sujet jeune. Les facteurs pronostiques sont : le délai chirurgical, l'extension de la lésion, le côté (latéral ou médial). La reconstruction méniscale doit être envisagée chez des patients jeunes porteurs d'un genou symptomatique après méniscec-tomie, en particulier après méniscectomie latérale (l'ostéotomie de varisation ne constitue pas une réponse adaptée à cette pathologie). Elle peut être réalisée par une allogreffe d'accès difficile en France, ou par un substitut méniscal collagène. La reconstruction méniscale requiert une expertise technique et impose un long protocole de rééducation. Dans des indications bien choisies, elle conduit à des résultats cliniques satisfaisants en termes de douleur et de fonction, à condition que le cartilage ne soit pas dégénératif, que le genou soit stable ou stabilisé, et bien axé. Mais il est trop tôt pour affirmer la capacité de ces techniques de préserver le cartilage. Des études à long terme sont nécessaires.

Ostéosynthèse des fractures articulaires de l'extrémité supérieure de l'humérus

Pages 89-103 - C. GERBER

Les fractures déplacées de l'extrémité supérieure de l'humérus restent difficiles à traiter : les nécroses avasculaires, les cals vicieux, les pseudarthroses ainsi que les dégâts des parties molles sont responsables de résultats pas toujours satisfaisants. Les indications et techniques chirurgicales doivent tenir compte de la qualité osseuse, rarement signalée dans les classifications couramment utilisées. Si la qualité osseuse est bonne, la réduction peut souvent être obtenue et maintenue avec facilité. Les résultats du traitement sont favorables, même lors de la survenue d'une nécrose avasculaire. Si la qualité osseuse est mauvaise, la réduction peut s'avérer difficile et des cals vicieux soit primaires créés lors de l'intervention, soit secondaires par déplacement secondaire, peuvent s'ajouter et amener à des résultats beaucoup moins favorables. La chirurgie doit impérativement respecter la vascularisation du fragment céphalique, et restituer l'anatomie squelettique de l'humérus proximal en créant le minimum de dégâts des parties molles par l'utilisation des ostéosynthèses dites a minima.

Fractures récentes de la diaphyse fémorale de l'adulte

Pages 105-122 - P. BONNEVIALLE

Les fractures de la diaphyse fémorale, apanage de l'adulte jeune, sont le plus souvent secondaires à un traumatisme à haute énergie. Elles se situent au troisième rang en fréquence des fractures diaphysaires. La prise en charge diagnostique est décrite en insistant plus particulièrement sur les lésions associées, souvent occultées par la fracture elle-même : les lésions ligamentaires homo-latérales du genou et, surtout, fracture du col. Les différentes classifications sont présentées en leur opposant des critiques constructives dans le sens de la simplification mais aussi de l'intégration de lésions proximales et distales au-delà des limites classiques de la diaphyse. L'embolie graisseuse, complication quasi spécifique, est décrite avec ses aspects cliniques, pathogéniques et le rôle des différentes méthodes opératoires. Les techniques d'ostéosynthèse sont exposées : enclouage centromédullaire avec ou sans alésage, antérograde ou rétrograde, plaques vissées classiques ou répondant aux techniques dites mini-invasives, fixateur externe. L'enclouage proximodistal avec alésage reste l'ostéo-synthèse de référence, mais les autres techniques ont une place spécifique que l'auteur tente de préciser. Les indications opératoires sont détaillées en fonction des lésions associées, des complications immédiates et du contexte de survenue, en opposant schématiquement le monofracturé de cuisse au polyfracturé.

Luxation périlunaire récente du carpe

Pages 123-139 - E. MASMÉJEAN

La luxation périlunaire du carpe est la luxation intracarpienne la plus fréquente dans laquelle le lunatum est le pivot. C'est une pathologie rare et grave du sujet jeune, quasiment toujours masculin, dans le cadre d'un accident à haute énergie. On distingue la luxation rétrolunaire du carpe, la plus fréquente, et la luxation antélunaire du carpe, qui représente moins de 5 % des cas. La forme typique est la luxation rétrolunaire pure du carpe, sans fracture, avec rupture des deux ligaments scapholunaire et lunotriquétral. À côté de cette forme, de nombreuses formes de fracture-luxation existent et doivent être reconnues par un bilan radiographique préopératoire le plus complet possible, avec notamment la réalisation de clichés préopératoires immédiats en traction au moindre doute. Les fractures les plus fréquentes concomitantes à la luxation intéressent le scaphoïde (fracture-luxation trans-scapho-périlunaire du carpe), le capitatum (fracture-luxation trans-scapho-capitale périlunaire du carpe) ou la styloïde radiale. Le diagnostic radiographique peut encore aujourd'hui échapper à une prise en charge en urgence. Le traitement, longtemps controversé, doit être chirurgical. Seule une connaissance exacte des lésions anatomopathologiques va permettre de proposer le traitement le plus adapté aux lésions rencontrées. Il reste parfois incomplet et insuffisant. Ce traitement doit associer une réduction exacte et une immobilisation temporaire afin d'obtenir, autant que possible, une cicatrisation ligamentaire et, en cas de fracture-luxation, la consolidation des lésions osseuse. Le traitement tend à se codifier et s'attache à réaliser une réparation en un temps de tous les éléments ligamentaires et osseux. Même après un traitement bien conduit, la raideur est la principale complication.

Callotasis

Pages 141-165 - J. DE PABLOS

La callotasis est une méthode de distraction osseuse ayant pour base une ostéotomie endommageant au minimum le périoste et les parties molles, une période d'attente préalable à la distraction et une distraction progressive, afin d'obtenir un accroissement qualitatif et quantitatif de la régénération ostéogénique dans la zone de distraction. La période d'attente permet que la consolidation dans la zone de l'ostéotomie soit déjà initiée et, ainsi, que la distraction se réalise sur le cal fibreux qui s'est formé et non sur l'hématome initial. Il s'agit là de la caractéristique la plus exclusive de la callotasis, celle qui est à l'origine de sa dénomination. Un nombre important de facteurs biolo-giques exercent une influence considérable dans ce pro-cessus : l'âge, l'étiologie sous-jacente, le degré d'invasivité chirurgicale, le niveau d'ostéotomie, l'instrument de coupe, le temps d'attente, ainsi que la vitesse et le rythme de distraction. La dynamisation axiale constitue un facteur biomécanique dont l'importance semble reconnue dans l'ostéogenèse en distraction, mais qui n'est pas encore parfaitement compris. De fait, il existe toujours une grande controverse non seulement sur la nature de son mécanisme d'intervention mais aussi sur son application (force, fréquence, amplitude, etc.). La callotasis, initialement conçue pour un allongement osseux dans des dysmétries, est actuellement largement employée aussi pour la correction de déformations angulaires, l'augmentation de stature chez des patients d'une petite taille pathologique et la reconstruction de défauts osseux seg-mentaires massifs. Parmi les complications propres à cette méthode, on peut inclure celles qui sont véritablement techniques et celles par défaut ou excès d'ostéogenèse. Selon nous, la plupart des concepts biologiques actuels resteront en vigueur pendant des années ; en revanche, il semble que, dans un futur plus ou moins proche, les changements concernant la callotasis et autres méthodes de distraction osseuse vont se centrer sur les appareils distracteurs. La distraction intramédullaire acquerra alors un rôle de premier plan, en ouvrant les portes à ce qui peut être considéré comme une nouvelle ère dans les allon-gements osseux.

Achondroplasie

Pages 167-184 - G. FINIDORI

L'achondroplasie est une affection génétiquement déter-minée, se transmettant sur un mode dominant. Elle est due à la mutation d'un gène récemment identifié, localisé sur le chromosome 4 et codant pour un récepteur de croissance fibroblastique FGFR3. Le trouble de crois-sance osseuse entraîne un nanisme et un ensemble d'anomalies oto-rhino-laryngologiques, stomatologiques, respiratoires et surtout neurologiques. Le défaut de croissance du trou occipital et du canal vertébral est à l'origine de compressions du névraxe qui font toute la gravité de l'affection pouvant nécessiter un traitement chi-rurgical spécifique. Les problèmes orthopédiques concer-nent le rachis, où il faut prévenir chez le jeune enfant la constitution de troubles statiques, essentiellement dans le plan sagittal (hyperlordose et cyphose dorsolombaire). Aux membres inférieurs, les déviations axiales en varus sont fréquentes et doivent être traitées chirurgicalement. Les allongements des membres sont possibles pour corriger la micromélie caractéristique de cette affection. Les indica-tions de cette chirurgie seront limitées et très prudentes. L'achondroplasie justifie une approche pluridisciplinaire incluant les aspects psychologiques et associatifs.

Dysplasie fibreuse

Pages 185-201 - G. BOLLINI

La dysplasie fibreuse (DF) est une néoplasie bénigne non transmissible, sporadique, liée à une mutation postzygotique du gène codant pour la sous-unité a de la protéine Gs. Selon la date de survenue de l'affection, plus ou moins d'organes cibles seront le siège d'une atteinte en mosaïque faisant cohabiter tissu sain et tissu pathologique. Quand la mutation survient tôt, les trois feuillets embryonnaires peuvent être touchés, donnant le syndrome de McCune-Albright (SMCA) qui associe puberté précoce, taches cutanées « café au lait » et lésions osseuses. Si la mutation survient plus tard, seuls les tissus osseux sont atteints avec des formes diffuses de la maladie, polyostotiques, volontiers hémiméliques, et des formes localisées, uniques, monostotiques. Une autre présentation, le syndrome de Mazabraud, associe atteintes osseuses et myxomes intramusculaires. Dans le SMCA, hypophyse, thyroïde, surrénale peuvent aussi être le siège de la mutation donnant des syndromes endocriniens complexes. Les manifestations cliniques en rapport avec l'atteinte osseuse se résument aux douleurs, fractures (80 % des formes polyostotiques) et déformations, dont la plus difficile à traiter est la déformation en crosse de bâton de berger de l'extrémité supérieure du fémur. Les atteintes osseuses craniofaciales peuvent se compliquer de cécité ou de surdité. Les transformations sarcomateuses des lésions osseuses ne sont pas exceptionnelles. Le bilan d'imagerie comprendra une scintigraphie osseuse permettant une cartographie des lésions dans les formes polyostotiques, complétée par une tomodensitométrie (TDM) si une hyperfixation craniofaciale est décelée. Dans ces formes, la biopsie est rarement nécessaire pour faire le diagnostic ; c'est dans les formes monostotiques qu'elle peut devenir nécessaire pour éliminer en particulier un ostéosarcome intraosseux de bas grade de malignité. L'utilisation des biphosphonates dans le traitement de la DF permettrait de diminuer ou de voir disparaître les douleurs osseuses et les fractures. La prise en charge chirurgicale des déformations ou de certaines fractures se heurte à des difficultés techniques dues à la mauvaise trophicité de l'os. Il faut privilégier les fixations centromédullaires au détriment des ostéosynthèses par plaques vissées.

Complications aiguës des fractures des membres chez l'enfant

Pages 203-220 - B. DOHIN

Les complications aiguës des fractures de l'enfant sont celles survenant dans les 3 premières semaines après le traumatisme initial ; elles tirent leur spécificité du terrain que représente l'enfance. Sur le plan général on peut retenir que, chez l'enfant, la qualité du réseau collatéral vasculaire et la possibilité de spasme artériel ont une incidence sur la prise en charge des complications vasculaires. L'artériographie doit être largement utilisée dans le bilan de ces dernières. Le pronostic des complications nerveuses est favorable et ne nécessite souvent que la simple surveillance de la récupération. Si celle-ci ne survient pas dans les 6 mois, une exploration chirurgicale peut s'imposer. Les syndromes compartimentaux ont beaucoup diminué en fréquence dans les suites des traumatismes des membres. Aux difficultés diagnostiques déjà connues s'ajoutent celles liées à l'analgésie postopératoire de meilleure qualité. Le monitorage continu de la pression de perfusion intracompartimentale semble s'imposer comme technique de surveillance. La prise en charge des fractures ouvertes a bénéficié des progrès du traitement de cette complication chez l'adulte. Si le principe d'une antibioprophylaxie n'est pas discutable, le risque infectieux semble moins élevé en raison principalement de la moindre fréquence des lésions graves ou des traumatismes à haute énergie. Les complications thrombo-emboliques sont rares, et leur prévention doit être réservée aux adolescents pubères et aux enfants présentant une pathologie congénitale prédisposante. Enfin, le risque de complication consécutive au traitement des fractures proprement dit n'est pas négligeable et impose au chirurgien, dans le contexte social et culturel actuel, d'être particulièrement vigilant. Selon la topographie de la fracture, certaines localisations comportent des spéci-ficités. Au niveau du coude, les complications vasculonerveuses sont fréquentes. L'existence d'un réseau vasculaire collatéral peut permettre de différer l'artériographie en l'absence d'ischémie aiguë. Pour les fractures du genou, une attention toute particulière devra être portée aux fractures de l'extrémité supérieure du tibia avec épisode ischémique qui imposent une exploration artériographique. Les fractures du bassin à l'origine de complications sont rares et le fait de traumatismes sévères. Ces complications sont principalement viscérales et tout particulièrement urologiques, mais les hémorragies graves ne sont pas exceptionnelles et nécessitent parfois le recours à une embolisation. Les traumatismes complexes et graves des membres ou des extrémités regroupent souvent plusieurs types de complications. Il n'est pas exceptionnel que se pose l'indication d'une amputation. Enfin, l'enfant peut présenter un terrain particulier ou être atteint d'une pathologie qui exposent plus à des difficultés techniques qu'à de réelles complications.

Dépistage et prise en charge initiale de la luxation congénitale de hanche

Pages 221-245 - B. Fenoll

En France, comme dans d'autres pays, et malgré une conférence de consensus en 1991, le dépistage de la luxation congénitale de hanche reste difficile, en raison de plusieurs phénomènes. L'incidence de la maladie est variable selon les régions. Les techniques d'échographie de hanche sont diversifiées. Il n'existe pas dans la réalité de protocole unique de dépistage et de prise en charge. L'auteur propose de distinguer la prévention primaire, secondaire et tertiaire. La prévention primaire concerne essentiellement la lutte contre les asymétries du nouveau-né, les techniques de « langeage » et de port des enfants. La prévention secondaire, qui constitue le dépistage proprement dit, doit s'effectuer sur 2 niveaux. Le premier niveau est l'examen clinique de tous les nouveau-nés selon les méthodes d'Ortolani et de Barlow, à la recherche d'une instabilité, ainsi que la mise en évidence d'une limitation de l'abduction de la hanche. Le deuxième niveau concerne les enfants présentant des facteurs de risque en raison de leurs antécédents familiaux, des conditions de la grossesse ou de l'accouchement. Un test échographique simple, fiable et indépendant de l'opéra-teur est proposé, consistant en la mesure du fond acéta-bulaire. La prévention tertiaire ou diagnostic précoce associe un examen clinique approfondi et une étude iconographique de la hanche. Elle doit s'effectuer avant l'âge de 4 mois par l'échographie morphologique selon la technique de Graf, qui est la plus utilisée en France, et par l'échographie dynamique. Après l'âge de 4 mois, la radio-graphie garde toute son importance dans cette étape diagnostique. La prise en charge initiale fait appel aux coussins et attelles, au harnais de Pavlik et à la traction au zénith selon la méthode de Somerville et Petit. La hanche instable du nouveau-né doit être surveillée si l'échographie est normale, et traitée si elle est anormale. La hanche instable luxée réductible est traitée en fonction des données de l'examen clinique dynamique en s'assu-rant qu'elle est effectivement réduite lorsque l'enfant est appareillé. Lorsque la hanche n'est pas réductible, le choix s'oriente vers un harnais de Pavlik ou une traction au zénith. Le traitement du bassin asymétrique justifie de distinguer au préalable s'il s'agit d'un bassin asymétrique simple ou s'il est associé à une anomalie de la hanche en adduction. Des mesures d'adaptation du dépistage et des éventuelles modifications des conclu-sions de la conférence de consensus sont évoquées.

Perte sanguine en chirurgie orthopédique et traumatologique

Pages 247-261 - R. LEMAIRE

En chirurgie orthopédique et en traumatologie, le saignement per- et postopératoire reste un sujet de préoccupation en raison des complications locales et générales qu'il peut entraîner. La perte sanguine liée à un acte chirurgical ne se limite pas au saignement peropératoire et au sang récolté par drainage ; il existe une perte occulte dans les tissus, souvent égale ou supérieure à la perte externe. La perte sanguine totale peut être chiffrée en se fondant sur la chute du taux d'hémoglobine et de l'hématocrite, en tenant compte des quantités éventuellement transfusées. Une compensation de cette spoliation sanguine peut s'avérer nécessaire : elle se faisait dans le passé par un recours généreux à la transfusion de sang homologue, dont l'usage s'est restreint pour plusieurs raisons, qui ne se limitent pas à la crainte d'une transmission virale. Ce risque, qui était élevé il y a quelques années, s'est considérablement réduit. Des techniques alternatives sont apparues dont certaines, comme l'hémodilution normovolémique ou l'autotransfusion programmée, sont actuellement en recul, et la récupération de sang per- et/ou postopératoire, dont les indications doivent être bien définies. On s'est rendu compte qu'on pouvait sans dommage abaisser le seuil transfusionnel en dessous des valeurs classiquement retenues (10 g/dL Hb, 30 % Ht), en fonction des caractéristiques individuelles des opérés. L'érythropoïétine, combinée ou non à des prédonations, permet de réduire les besoins transfusionnels, mais son coût élevé oblige à sélectionner ses indications. Des recherches sont en cours pour mettre au point des « substituts du sang », dont certains (perfluorocarbures, solutions d'hémo-globine) sont déjà utilisables pour faire face à des situations d'extrême urgence, mais qui n'ont pas vocation à être utilisés en chirurgie programmée. De nombreux moyens peuvent être mis en ouvre pour réduire l'importance des pertes sanguines per- et post-opératoires : à côté de l'embolisation artérielle, qui s'adresse à des cas particuliers, la technique anesthésiologique (anesthésies locorégionales, hypotension contrôlée), la technique chirurgicale (positionnement, hémostase), l'application locale de sprays à base de fibrine, ou l'administration systémique de produits hémostatiques (aprotinine, acide tranexamique) peuvent contribuer à réduire la perte sanguine. L'intérêt du drainage des plaies reste controversé. Il doit se faire en circuit fermé, sous dépression constante et peu élevée ; les drains doivent être enlevés après 24 h. L'absence de drainage réduit la perte sanguine externe mais pas la perte occulte dans les tissus ; elle ne semble pas occasionner de problèmes majeurs de cicatrisation. Le drainage retardé ou intermittent représente une solution de compromis. Le garrot pneumatique, utilisable dans certaines opérations, ne réduit pas la perte sanguine et peut même l'augmenter. La gestion des pertes sanguines fait partie du cahier des charges de tout acte chirurgical ; elle impose une véritable politique de gestion qui, depuis la consultation préopératoire jusqu'à la période postopératoire, doit être individualisée en fonction de la nature de l'acte chirurgical et des spécificités de l'opéré. Le chirurgien doit mettre en ouvre avec discernement les nombreux moyens dont il dispose pour réduire l'importance de la perte sanguine et se mettre à l'abri des complications locales et générales qu'elle peut engendrer.

Amputations du membre inférieur et principes d'appareillage

Pages 263-286 - A. CAMILLERI

L'amputation correspond à la perte de tout ou partie d'un ou de plusieurs membres. Parmi les causes, les artériopathies et le diabète sont à l'origine de plus de 80 % des amputations, le succès des traitements conservateurs permettant de diminuer sensiblement la part prise par les traumatismes et les tumeurs. Face à un geste souvent vécu par le patient comme une agression, parfois inter-prété comme un échec de la médecine, le chirurgien ne maîtrise pas toujours le malaise auquel il peut être confronté et qui traduit autant la difficulté décisionnelle, l'embarras à communiquer, que la compassion. L'objectif de ce travail est de faciliter l'action du thérapeute en développant les étapes autour desquelles se construit la décision. Sont ainsi évoquées quelques données histo-riques et épidémiologiques, avant que soient traitées les indications selon la cause responsable, principalement les causes vasculaires, traumatiques et tumorales. La prise en charge du patient est abordée et débute par la communication avec le patient et sa famille, se poursuit avec l'ensemble des aspects liés à la chirurgie de l'ampu-tation, pour se terminer par les principes d'appareillage. Chaque niveau lésionnel est ensuite traité de la partie distale du membre inférieur vers la partie proximale ; pour chacune des rubriques, une intervention de référence est décrite. À l'avant-pied, les amputations ou désarticulations des orteils et l'amputation transmétatarsienne sont exposées. Le moyen et l'arrière-pied posent le problème de l'arthrodèse tibiocalcanéenne avec talectomie (ATCT) qui apparaît comme la meilleure solution lorsqu'on souhaite conserver la coque talonnière et bénéficier d'un appui distal prothétique. La jambe et le genou permettent de valoriser la technique du lambeau myocutané postérieur qui aide à la cicatrisation et améliore le capitonnage du moignon. Le genou fait discuter les indications respectives de la désarticulation et du Gritti. La cuisse conduit à s'interroger sur la malposition spontanée du moignon et à privilégier les techniques de myodèse lorsqu'elles sont réalisables. La racine du membre permet de comprendre ce qu'est une intervention réellement mutilante dans toutes ses conséquences. Quelques points particuliers sont enfin évoqués sous le titre « Autour de l'amputation ».

Anesthésies locorégionales

Pages 287-298 - C. ECOFFEY

L'anesthésie locorégionale joue un rôle majeur en chirurgie, particulièrement en orthopédie-traumatologie. Quarante pour cent des patients de chirurgie orthopédique sont opérés avec une technique d'anesthésie locorégionale. Les avantages sont : sortie plus précoce des patients ambulatoires, efficacité de l'analgésie post-opératoire, parfois avec cathéters ; la rééducation post-opératoire a aussi bénéficié de l'anesthésie locorégionale. La pratique de l'anesthésie locorégionale impose une connaissance de l'anatomie et une pratique régulière. Plusieurs études ont identifié les techniques les plus appropriées pour les patients orthopédiques. Le choix doit aussi tenir compte du rapport bénéfice/risque : blocs périphériques vs blocs périmédullaires. Enfin, quelques complications sont spécifiques des techniques d'anesthésie locorégionale, et l'anesthésiste doit avoir connaissance de ces incidents pour les prévenir.


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