|
|||||||||||
|
|
Tour de France, Que risquent les coureurs ?
SOMMAIRE : Avant-propos Traumatologie spécifique Les technopathies La traumatologie non spécifique du cyclisme Le point de vue de l’observateur privilégié : Jean-Paul Brouchon Le point de vue du médecin : Dr Jean-Jacques Menuet Présentation de la SO.F.C.O.T Les photos illustrant ce dossier ne peuvent être reproduites sans l’accord de BV CONSEIL. Avant-proposAnquetil, Poulidor, Hinault, Merckx, Armstrong, Jalabert et les autres…
Il y a cent ans, Henri Desgrange inventait le Tour de France. Formidable exploit sportif, il continue de drainer les foules, de faire rêver les cyclistes amateurs, de passionner les journalistes, créant au cœur de l’été, trois semaines durant, une mobilisation nationale dont l’envergure dépasse le seul événement sportif.
Car ces athlètes du cyclisme dont le nom figure sur les manchettes des journaux et dont le visage dégouline sur nos écrans de télévision déploient une véritable virtuosité pour déjouer les pièges que leur réservent les virages, les cols, les ravins tout au long d’une route pluvieuse ou ensoleillée qui met leurs articulations à rude épreuve.
Introduction
Chaque sport entraîne une pathologie spécifique chez les assidus qui s’y consacrent, notamment chez les sportifs de haut niveau. Le cyclisme n’échappe pas à la règle, même si le fait d’être assis suggère a-priori une position confortable. Car pédaler équivaut à répéter inlassablement au même rythme le même mouvement de flexion extension du genou, compliqué d’un mouvement de rotation reproduit plusieurs dizaines de milliers de fois si l’on considère la durée du Tour de France. En enfourchant leur vélo, les cyclistes exposent à la fois leurs genoux, leurs poignets, leurs épaules, leurs articulations, leur crâne, leur squelette tout entier au long d’un corps à corps avec une route qui ne leur épargne aucun piège. Traumatologie spécifiqueTraumatologie mono segmentaire : l’épaule et le poignet sont les deux régions anatomiques les plus touchées
Les causes : Ces lésions sont spécifiques du vélo de compétition muni de cale- pieds par opposition au VTT. Ces cale-pieds de nouvelle génération sans les lanières des premiers modèles, assurent la fixation des pieds sur les pédales. En cas de choc, ils sont responsables de la chute du coureur sur l’épaule, s’il tombe de côté, les mains posées sur son guidon, ou sur les poignets s’il lâche le guidon et met ses mains en avant pour se réceptionner. Fracture et ou luxation de l’épau Rappel anatomique
Parmi toutes les lésions siégeant au niveau de l’épaule, fractures de l’extrémité supérieure de l’humérus, luxations de la tête de l’humérus, luxations acromioclaviculaires, la fracture de la clavicule est la plus évocatrice et la plus fréquente. Bien que petit, l’os de la clavicule, intégrée à la ceinture scapulaire, est très important car il fait office d’attache reliant le membre supérieur au thorax. Mécanisme Une fracture de la clavicule entraîne une impotence fonctionnelle de tout le membre supérieur qui empêche d’écrire, de manger et évidemment de poursuivre le sport. Le traitement S’il est d’usage de se contenter d’un traitement orthopédique chez le sportif de loisir et d’imposer une immobilisation par un bandage ou une attelle pendant 4 à 6 semaines pour assurer la consolidation, cette attitude est impensable chez un sportif de compétition, contraint de reprendre la course au plus tôt. Chez lui, on préfère recourir à la chirurgie afin de réduire la fracture et de pratiquer l’ostéosynthèse. L’intérêt n’est pas seulement de réutiliser plus précocement le membre supérieur en l’espace de 8-10 jours, mais aussi de retrouver exactement la même longueur à la ceinture scapulaire. Cette reconstruction anatomique de l’os à l’identique permet au coureur de retrouver par la suite les mêmes appuis sur le guidonDans cet esprit, on fixe une plaque avec des vis et la consolidation s’effectue généralement en l’espace de 6 semaines. Certains cyclistes courant sur le Paris Roubaix ont même pu reprendre l’entraînement au bout de 8 jours. Conduite à tenir Comme on l’a vu, l’attitude thérapeutique diffère chez les coureurs professionnels et chez les sportifs de loisir, l’indication opératoire étant rapidement posée dès les premiers jours chez les coureurs professionnels. Fracture du scaphoïde Rappel anatomique
La lésion de cet os du carpe situé à la base de la colonne du pouce dans ce qu’il est convenu d’appeler la « tabatière anatomique » empêche d’utiliser la main dans son ensemble. Diagnostic La radio n’est pas toujours très explicite. On préfère recourir au scanner osseux permettant un diagnostic plus précoce. Traitement Il faut compter 2 mois d’immobilisation du poignet et de la première colonne du pouce pour obtenir la consolidation chez le sportif de loisirChez le coureur de compétition on préfère opter d’emblée pour la chirurgie avec pose de vis ce qui permet d’éviter la mise d’un plâtre jusqu’au coude. À titre complémentaire, on peut recourir à la pose d’une attelle thermoformée. Les technopathiesPlus éloignées de la pathologie aigüe mais totalement spécifiques du vélo, les technopathies, terme résumant les pathologies engendrées par le corps à corps homme -machine sont dominées par les tendinites. Elles sont favorisées par la fatigue, le surmenage des tendons et articulations, le manque d’hydratation et l’interaction de conditions climatiques défavorables. C’est donc l’usure, l’hyper sollicitation de certains muscles et de certains tendons, l’avancée en âge qui expliquent leur recrudescence au fil des étapes…
Elles siègent majoritairement chez le cycliste au niveau du genou, et du canal carpien. Proportionnelles au nombre de sollicitations sur les tendons, elles se multiplient après plusieurs jours de course, plus volontiers dans des courses comme celles du Tour de France qui s’étalent sur 3 semaines. Le genou : une zone à haut risque L’articulation du genou est la plus sollicitée lors du pédalage au cours des mouvements de flexion extension mais aussi de rotation. Ceci l’expose à des tendinites qui siègent majoritairement au niveau du tendon rotulien (situé entre la rotule et le tibia, juste en dessous du quadriceps).
Les innombrables mouvements répétitifs et les multiples sollicitations contribuent à la fragilisation du genou. La deuxième place est occupée par les tendinites de la patte d’oie qui désigne un muscle situé sur la face interne qui assure la rotation du genou. Cette tendinite est due à une mauvaise position du pied sur la pédale, qui, en contrariant le mouvement physiologique de rotation interne du genou l’oblige à travailler en contrainte. Dans une optique préventive, on s’oriente désormais vers une nouvelle génération de fixations autorisant un certain degré de rotation, lors de la flexion du genou. Enfin, on a identifié ce que l’on nomme le syndrome de l’essuie-glace (tendinite du fascia-lata) au niveau de la face externe du genou. Y sont plus particulièrement exposés les sportifs maigres présentant un condyle externe un peu saillant. Chez eux, la pratique intensive de mouvements de flexion extension est source de douleurs. Quel traitement ? Il est essentiellement préventif avec correction des mauvaises attitudes sur le vélo. S’il ne suffit pas, la mise au repos sportif précède le traitement médicamenteux reposant sur la prescription d’AINS, d’antalgiques, éventuellement d’infiltrations. L’indication chirurgicale reste exceptionnelle. Les chondropathies rotuliennes : Priorité au dépistage Les chondropathies rotuliennes correspondent à des lésions du cartilage de la rotule. Ce ne sont pas des tendinites, mais on les prend en charge comme des technopathies.
Elles peuvent être favorisées par une anomalie constitutionnelle de l’appareil rotulien avec une malposition facile à détecter pour un médecin de club qui pourra la traiter (médicaments, rééducation), quitte à conseiller une autre filière à un jeune qui présenterait ce type de dysplasie fémoro-patellaire importante. Elles ne sont pas toujours constitutionnelles, et peuvent surgir au fil des années sur le modèle de l’arthrose qui finit par avoir raison du genou le plus sain au bout de 400.000 kilomètres. Mécanisme : La découverte d’une subluxation externe suggère une diminution du point de contact favorisant une augmentation de la pression exercée sur les autres compartiments au cours de la traction susceptible de conduire à un tableau d’arthrose en cas de pratique intensive du vélo. Le poignet malmené lui aussi Syndrome du canal carpien : le lot des motards et des cyclistes
Le syndrome du canal carpien est lié à la position des mains sur le guidon, elle-même conditionnée par la hauteur de la selle. Chez les motards et les cyclistes, l’hyperflexion dorsale du poignet résultant du maintien de cette position augmente la compression du nerf médian dans la gouttière ostéofibreuse du poignet. Le nerf médian innervant tous les doigts, devenu moins élastique et plus fibreux avec l’âge, a tendance à être comprimé par le ligament fibreux et à provoquer des douleurs chez le sportif de haut niveau. Chez le non sportif, avec le temps, il peut également être source de paresthésies nocturnes, de fourmillements. Traitement Cette pathologie bénéficie des conseils visant à améliorer la position des mains sur le guidon, et à corriger la hauteur de la selle. On recourt aux infiltrations pour soulager. Si cela ne suffit pas, on libère chirurgicalement ce nerf comprimé qui se retend et retrouve un aspect plus souple à condition de ne pas avoir été contrarié trop longtemps. Le champ de la prévention : Rappel des bonnes attitudes et décomposition du mouvement
Ce sont les mauvaises positions qui sont responsables des technopathies observées chez les coureurs cyclistes. Avant toute course, il est donc indispensable de vérifier la position du pied sur la pédale, la hauteur et le confort de la selle, la position du guidon, la conformité des chaussures pour éviter les troubles musculo-squelettiques. Tout doit être ajusté au millimètre près, chaque geste étant répété à l’infini par le coureur qui pousse sur la pédale qui descend et tire avec vigueur sur la pédale qui monte. Toute l’infrastructure qui entoure et accompagne le coureur, du directeur sportif au médecin en passant par le kinésithérapeute et le personnel d’encadrement, s’implique dans la mise en bonne condition du coureur, réduisant ici la longueur d’un braquet, rectifiant ici la hauteur de la selle, réglant plus haut la position des mains sur le guidon. Il faut rester vigilant sur l’hydratation qui conditionne la bonne santé des tendons et ne pas attendre d’avoir soif pour boire, les besoins étant augmentés avec l’âge à telle enseigne qu’un cycliste de 40 ans doit s’hydrater 3 fois plus qu’un cycliste de 20 ans. À côté de cette traumatologie si caractéristique, les cyclistes sont soumis à une autre forme de traumatologie non spécifique, occasionnée par une chute dans un ravin ou le renversement du vélo sur le circuit, qui s’apparente à la traumatologie routière, aux accidents de la voie publique.
Cette traumatologie importante en termes de dégâts est proportionnelle aux vitesses qu’atteignent les coureurs. La gravité des lésions est également fonction de l’énergie cinétique déployée par les coureurs, par exemple, lorsque le peloton dévale une côte. Selon la Prévention Routière, en 2000, les accidents de vélo ont fait 8250 blessés et 255 morts. L’observatoire national d’information sur la sécurité routière indique que le pourcentage de cyclistes décédés correspond à 2,9% des décès en 2002, chiffre en régression par rapport à 1992, où il atteignait 3,8%. Plus du tiers des accidentés (38%) a été victime d’un traumatisme crânien de gravité variable, de même que la moitié des enfants de moins de 10 ans. Type de fractures Il peut s’agir de fractures graves : fractures du fémur, de fractures polyfragmentaires touchant plusieurs os, de polytraumatismes conjuguant, à la fois des lésions fracturaires mais aussi des lésions mettant en jeu le pronostic vital : lésions d’un organe vital (rupture de la rate, contusion thoracique).
Elles sont la conséquence de chutes lors de la descente des cols à grande vitesse, des sorties de route, ou de la collision avec des voitures. Le souvenir de la terrible chute de Fabio Casartelli, lors de la descente du col de Portet d’Aspet et de cette vie brutalement brisée au kilomètre 34 de l’étape a tragiquement endeuillé la quinzième étape du Tour 1995. Plongé dans le coma, le visage tuméfié et très abîmé, victime d’un traumatisme crânien et de lésions cérébrales redoutables, il continue à marquer les mémoires et soulève le problème du port du casque devenu à juste titre obligatoire dans les compétitions et lors de l’entraînement. Les traumatismes crâniens
Le plus souvent bénins, les traumatismes crâniens sont devenus la hantise des responsables de la sécurité. En effet, ils peuvent mettre en jeu le pronostic vital lorsqu’ils sont à l’origine d’un hématome intracrânien qui nécessite une évacuation immédiate vers un service hospitalier et la prise en charge de la victime par un service de neurochirurgie compte tenu des risques de décès ou de séquelles neurologiques graves compromettant non seulement la reprise du vélo mais la vie quotidienne et professionnelle.
Il relance l’intérêt des mesures de prévention tel que le port systématique du casque lors des compétitions et des entraînements comme le recommande l’UCI (Union cycliste internationale) qui requiert la totale adhésion de la SOFCOT. Même si cela n’élimine pas tous les risques, cette mesure obligatoire pour les coureurs de compétition s’applique également aux cyclistes de loisir roulant sur route ouverte, encore plus menacés même s’ils roulent moins vite. Ouvrages de référence :Auteur Jean-Pierre de Mondenard La pathologie du cyclisme 1983 – Editions Masson Collection des Abrégés de Traumatologie Auteurs : Gérard Porte et d’Henri Judet Histoire de braquets : Interview de Jean-Paul Brouchon
Pouvez-nous nous retracer les étapes les plus marquantes de ce courant ergonomique participant au perfectionnement des engins ? Le concept même de l’appareil a été entièrement modifié, seul le principe du pédalage est resté. Les vélos sont désormais plus légers, plus rigides. Ils bénéficient aujourd’hui de dérailleurs électriques. Les roues à bâtons ont succédé aux roues à rayons pour un plus grand confort du coureur mais aussi pour jouer à fond la carte de l’ergonomie. Cette recherche d’ergonomie va si loin que l’on en est à concevoir un vélo sur mesure pour certains coureurs s’entraînant aux courses contre la montre. Le Directeur sportif Cyrille Guimard a été l’un des premiers à bénéficier des innovations de la Régie Renault. Lance Amstrong s’est lui aussi soumis à un essai en soufflerie en vue d’obtenir un meilleur aérodynamisme du tandem homme machine, garant d’une meilleure pénétration dans l’air. Il pourrait à son tour, bénéficier d’un engin sur mesure. Les coureurs d’aujourd’hui ne changent plus de braquets. Désormais, ils changent de vélo et les camions qui suivent les équipes du Tour de France regorgent d’appareils performants afin que chacun trouve son bonheur et sa pointure… L’heure de la révolution a sonné dans la bonneterie… La tenue des coureurs a su s’adapter à leurs exigences légitimes de confort et aux contraintes climatiques qu’impose l’alternance d’épisodes de froid, d’humidité et de grosses chaleurs selon les circuits. Des matières isothermiques entrant dans la confection des cuissards ont succédé à la laine qui grattait et irritait, reléguant les escalopes d’antan, placées comme seconde peau sur le postérieur, au chapitre des anecdotes. Les maillots sont devenus plus confortables, les chaussettes et les chaussures ont suivi le mouvement. Les gants aujourd’hui protègent du froid et de l’humidité, facteurs tous deux de tendinites. Quelques années plus tôt, tout n’était pas aussi simple ou plus exactement tout était empirique puisqu’en 1970 les coureurs engagés sur le Paris Nice, ont dû, pour se protéger de la neige, dévaliser les rayons des produits ménagers à la recherche de gants en plastique. Cycliste sous contrôle, rythme cardiaque sous surveillance La contribution de l’informatique a permis de mettre en place un testeur contrôlant les pulsations cardiaques des coureurs et de veiller à ce qu’elles ne dépassent pas 180 par minute. Ce système, en vigueur depuis une dizaine d’années, constitue à la fois un outil de surveillance et de prévention. Depuis sa voiture, le directeur sportif est en mesure de vérifier la régularité de ses coureurs, d’anticiper sur les vitesses des uns et des autres et éventuellement de rectifier le tir en échangeant par le biais des oreillettes qui le relient à son coureur. Premier et unique coureur à en bénéficier actuellement : Lance Amstrong. Zoom sur le pied du cycliste : adéquation des chaussures et des cale-pieds On constate une véritable amélioration des pédales, des chaussures devenues plus résistantes. Là encore, certaines firmes ont vraiment innové en imaginant un système de protection permettant à la chaussure de quitter le pied du coureur en cas de choc. Ces progrès sont comparables à ceux dont bénéficient les skieurs. Les chaussures privilégient le maintien de la cheville. Autre centre d’intérêt : le guidon sur lequel on a tenté de fixer un appendice de façon à obtenir une position aérodynamique, avec position des coudes à la parallèle du guidon. Ce dispositif n’a connu qu’un succès transitoire compte-tenu des difficultés de manœuvre qu’il supposait. Certains ont en mémoire les victoires de Greg Lemond avec un tel guidon qui lui a permis de battre Laurent Fignon en 1989. Ce système a été interdit par la suite excepté dans les épreuves contre la montre. On voit que le vélo dans son ensemble, de la chaîne au guidon en passant par la selle est devenu une des cibles de l’innovation et de l’ergonomie. Hautement performant, l’équipement des coureurs les accompagne et les protège qu’il pleuve ou qu’il vente. Le tandem homme machine L’harmonie des déplacements du coureur sur son engin repose sur la précision des réglages du guidon, de la hauteur de la selle, des pédales, sur la longueur du braquet (rapport entre le nombre de dents du pédalier et celui de la roue arrière). Cette fameuse longueur de braquet, souvent excessive, est au cœur des discussions et fortement incriminée dans la survenue d’épisodes de tendinites. Lance Amstrong a adapté ses braquets une fois pour toutes de façon à faire systématiquement 100 tours minutes, quel que soit le terrain en plat ou en montée. De ce fait, son directeur sportif peut anticiper sur sa vitesse et ses chances de remporter l’étape. Deux vitesses ont été rajoutées sur les nouveaux modèles de vélo de courses. Les coureurs disposent donc de 18 vitesses réglables à l’aide d’un dérailleur électrique. Bien que peu contraignant, puisqu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour avoir le choix de la démultiplication, ce système pose problème à de nombreux coureurs. On mesure les efforts et la fatigue des coureurs du Tour de France tout au long des étapes qui représentent plus de 3000 kilomètres. Quel type d’entraînement doivent-ils subir pour se mettre dans les conditions du championnat ? Sont au programme de la culture physique quotidienne, la recherche d’une vie saine et d’une nourriture équilibrée et des sorties de 6 heures, par tous les temps. On est coureur cycliste 365 jours par an. Il faut savoir qu’une saison qui commence se prépare dès le mois de novembre et comporte une multitude d’épreuves et de difficultés qui vont croissant. De nombreux coureurs se spécialisent, soit dans les tours classiques de début de saison soit comme le font les Colombiens dans les courses d’étapes de fin de saison. Le casque pour tous et le porte-bagages pour personne… Le débat sur le port du casque relance à point nommé les consignes de sécurité que respectent les motards. Paradoxalement, c’est un sujet qui divise l’opinion, les anciens coureurs tels Mario Cippolini, réputé meilleur sprinter, étant moins favorables que ceux de la jeune génération à cette mesure de sécurité qui épargne des vies et protège des traumatismes crâniens. Réputés trop lourds et entretenir les chaleurs, certains les trouvent inconfortables. Les nouveaux modèles sont plus protecteurs, plus confortables aussi. Je suis pour ma part en faveur de la généralisation du casque, y compris chez les sportifs de loisir qui ne mesurent pas toujours les risques qu’ils encourent. De même ne devrait-on plus voir d’enfants attachés sur les porte-bagages, exposés au risque de basculer et de déporter la dynamique du vélo. Ces précautions devraient devenir des réflexes chez tous. Quelques chutes mémorables… En 37 ans d’assiduité, vous avez assisté à des chutes pour certaines spectaculaires. Quel souvenir en gardez-vous ? Je me souviens de la chute du maillot jaune Pascal Simon à Luchon en 1985 qui a roulé 6 jours durant jusqu’au pied de l’Alpe-d’Huez avec une fracture de la clavicule soulagée par un bandage changé chaque soir. Il ne s’est pas senti autorisé à abandonner le Tour de France pouvait-on litre dans la presse. Lui-même déclarait souffrir davantage des ligaments déchirés par sa chute que de sa fracture. J’ai également en mémoire la chute vertigineuse de Raymond Poulidor lors de la descente du mont Porter d’Aspet. Il est remonté tout ensanglanté sur son vélo et voulait continuer contre l’avis de son Directeur sportif. De même, la chute de Luis Ocana, lors de la descente du col des Mente alors qu’il s’apprêtait à gagner le tour a secoué l’opinion. Depuis celle du Hollandais W.Van-Esten 1953 au fond d’un ravin d’où il a pu être extrait grâce à des boyaux faisant office de corde, chaque coffre de voiture d’accompagnant contient une corde par précaution au cas où il faudrait dégager un coureur. D’autres accidents ont été plus meurtriers. Casartely s’est tué dans la descente d’un col et Kivilev est mort sans casque dans le Paris Nice alors qu’il était en grande conversation avec son directeur sportif Il n’aurait pas vu l’obstacle. Comme en témoignent les vingt coureurs blessés récemment en Italie, les virages sur routes glissantes pris par un peloton sont parfois aussi dangereux que les descentes de col… Sport national, et leçon de géographie Le Tour de France qui fête cette année son centenaire fut l’indispensable trait d’union entre les provinces à une époque où les Français ne connaissaient que leur département et éventuellement le département limitrophe... On lui doit d’ailleurs le dessin des premiers contours de l’Hexagone. Les cartes scolaires Vidal & Lablache ne sont apparues qu’en 1906. La grande originalité de cette manifestation nationale qui mobilise plus de 4000 personnes consiste à aller à la rencontre de la population. Cette initiative la rend unique en son genre. Au-delà de l’aspect purement sportif du Tour de France, c’est aussi au plan esthétique la découverte de paysages fabuleux, de la diversité des provinces françaises, en quelque sorte ce formidable plaisir des yeux en guise de récompense des quelque 400 000 kilomètres parcourus par certains cyclistes en l’espace de 13 ans. De nombreuses particularités géographiques seraient restées longtemps méconnues si le Tour de France ne s’était pas insinué dans le col de l’Izoard, sur le Mont Ventoux, ou entre les Gorges du Verdon. Dans le seul enregistrement radio dont on dispose, Henri Desgrange déclarait en 1938 : « Rien ne me fait plus plaisir que la vue des pâtres », résumant le spectacle suranné et diversifié de nos paysages, sorte de récompense offerte aux spécialistes de la petite reine.
Sur le terrain depuis 15 ans, le Dr Jean-Jacques Menuet, médecin du sport, médecin nutritionniste après son expérience des Jeux d’Atlanta, a rejoint l’équipe Cofidis depuis 1999 pour y déployer un savoir-faire essentiellement axé sur la prévention. Vivant au rythme des coureurs de l’équipe Cofidis à qui il prodigue conseils et soins, il entame à sa façon une course contre la montre pour qu’ils abordent le tour dans les meilleures conditions physiques possibles. Au programme : entraînement, réglages minutieux du vélo, conseils nutritionnels et apprentissage de la récupération après l’effort…
Le tandem homme / vélo qui caractérise la course cycliste a-t-il réellement bénéficié de la sophistication du matériel et d’une meilleure perception des contraintes exercées sur l’homme ? Depuis l’introduction de vélos plus légers et plus rigides, on observe moins de déformations au niveau de l’amortissement du rachis lombaire. Toutefois, les contraintes physiologiques exercées sur les muscles et les tendons sont plus importantes que par le passé. Ainsi, la légèreté des vélos récents amoindrit les capacités d’adhérence sur la route.
On note un pédalage plus fluide depuis l’introduction des pédales automatiques qui permettent au pied d’être solidaire de la pédale mais il faut pousser davantage sur le quadriceps et les ischio-jambiers. L’amélioration de la qualité des pneus, effective depuis la disparition des boyaux, participe à l’effort entrepris pour mieux s’adapter à tous les revêtements de sol tout autant qu’aux conditions climatiques. Aucune partie du vélo n’est oubliée, la qualité de la selle est particulièrement contrôlée de même que celle des semelles en carbone ou des gants afin d’offrir un amortissement suffisant pour réduire les vibrations occasionnées par certaines courses sur des secteurs pavés. Les Belges, compte tenu de leur circuit comprenant une forte densité de secteurs pavés, ont été les premiers à s’intéresser à cet aspect en imaginant une mousse épaisse destinée à protéger le poignet des motards ou des cyclistes. Le poids du vélo a été singulièrement réduit, le moindre gramme gagné sur le matériel étant particulièrement appréciable dans une course de montée. Que doit-on privilégier pour juger de la bonne adéquation homme machine ? L’examen morphologique approfondi du pied, de la jambe, de la rotule et du bassin réalisé par un spécialiste est une étape indispensable pour vérifier la symétrie musculaire et pour éliminer un trouble statique ou dynamique qui compromettrait l’exploit sportif et générerait des tendinopathies. En effet, la moindre inégalité entre les deux membres inférieurs ou des anomalies au niveau du bassin peuvent accentuer un syndrome rotulien, nécessiter que l’on dispose une pièce de 1 à 5 mm entre la jambe et la chaussure par exemple.
On peut également être amené à conseiller une musculation sélective pour équilibrer la masse musculaire. Cet examen clinique s’enrichit d’un interrogatoire car il est important de déterminer avec précision la position du coureur sur son vélo. On sait qu’une selle trop basse sollicite davantage le genou, qu’une position trop à l’arrière malmène les ischio-jambiers. L’examen dentaire est de rigueur et le bilan ORL systématique à l’intersaison pour éliminer une pathologie sinusienne, source d’ennuis infectieux, tendineux et de perturbations des gestes psychomoteurs comme on le remarque avec les occlusions de dents de sagesse. On surveille évidemment les vaccinations et en renforçant les défenses de l’organisme on s’efforce de combattre certains états de fatigue retentissant également sur le statut tendineux. Hyperventilation et allergies Traquer les allergies en recourant à des tests cutanés et s’informer sur le calendrier pollinique des régions traversées par le Tour de France relève de notre compétence pour mettre en place une stratégie adaptée.
La recrudescence de l’asthme chez plus de 30 % des coureurs a incité la Fédération Française de Cyclisme à mettre en place un cadre obligatoire pour le diagnostic de l’asthme, à la demande des médecins affiliés. Le test à la métacholine atteste de la réalité d’un bronchospasme à l’effort plus répandu qu’il n’y paraît puisqu’il concerne 50 % des coureurs professionnels et 8 % des cyclotouristes en raison de l’effort d’endurance extrême accompli. On observe également cette recrudescence de l’asthme chez les marathoniens et les sportifs pratiquant le triathlon ou tout autre sport d’endurance. Un spiromètre portable permet de détecter les états de détresse respiratoire et de spasme pendant l’effort et après l’effort. Au sommet de celui-ci, la ventilation est multipliée par 20. Les polluants (pollens, vapeurs d’essence, radicaux libres particulièrement agressifs sur les bronches) agressent le système respiratoire libérant les neuromédiateurs de l’inflammation, ce qui contribue à l’épaississement de la bronche. On instaure alors un traitement préventif quotidien à base de bêta mimétiques à action prolongée, administrés par voie inhalée. Les risques cardiaques sont-ils majorés par rapport au reste de la population ? Le risque cardiaque n’est pas supérieur à la population générale parmi les coureurs par ailleurs constamment surveillés. Il existe davantage chez le sportif de loisir qui sait moins évaluer ses limites et a fortiori chez le sujet qui ne se sait pas coronarien ou chez celui qui cumule plusieurs facteurs de risque.
Chez le coureur de compétition, le bilan préventif obligatoire à l’intersaison renseigne sur la fonction cardiaque. Régulièrement, la mesure de la fréquence cardiaque, le débit étant multiplié par 5 ou 6 pendant l’effort, de la tension artérielle vient compléter le test à l’effort pratiqué y compris lors de phases de récupération qui correspondent au moment où le coureur est le plus fragile. Il est alors plus exposé aux tachycardies ventriculaires. Comment améliorez-vous le retour veineux ? On s’attache à mettre en place une stratégie préventive de l’insuffisance veineuse en prescrivant des phlébotoniques, le port de chaussures adaptées, parfois même des semelles orthopédiques pour compenser une inégalité des membres inférieurs. On recommande la surélévation des jambes en phase de récupération, on pratique des massages musculaires et des drainages lymphatiques. Ceci permet de combattre l’élévation de pression, rançon de ce type d’exercice, le débit cardiaque étant multiplié par 5 ou 6.
Pour optimiser les résultats quel programme nutritionnel préconisez-vous ? Nous développons tout au long de l’année un programme nutritionnel personnalisé en fonction de chaque coureur, de son poids mais notamment de sa masse grasse tout en surveillant attentivement son niveau d’hydratation. De l’ordre de 500 à 700 ml d’eau par heure par temps froid, les besoins en eau atteignent 6 à 8 litres par étape par grosse chaleur.
Trois temps dominent et découpent ces recommandations : avant l’effort, pendant l’effort et après l’effort. Le contrôle du poids passe avant tout par la réduction de la masse grasse. Il n’est pas rare qu’elle passe de 6 à 7 % en début de parcours à 4 à 6 % à la fin du Tour, l’important étant de reconstituer immédiatement après chaque étape les réserves glucidiques et protidiques des coureurs. Dans un souci de prévention, l’alimentation se veut diversifiée, riche en sucres lents avant l’effort, prévoit des apports protidiques choisis en raison de leur faible pourcentage de graisse, le rajout de carburant pendant la course, d’eau et d’oligo-éléments. On se montre encore plus rigoureux lorsqu’il s’agit d’un cycliste chevronné d’âge mûr, parfois plus relâché sur le plan nutritionnel. Pour contrebalancer l’acide urique fréquemment produit, il faut être vigilant sur les étirements. Au stade de la récupération, il importe d’apporter à l’organisme les réserves dont il disposait avant l’exploit sportif dévoreur d’eau, de minéraux, d’oligo-éléments, d’acides aminés, de glucides. Ceci s’effectue dans un cadre nutritionnel très précis en collaboration avec un Service de Physiologie hospitalier. Comment gérez-vous le stress des coureurs ? Entre les mains expertes de leur kiné, les coureurs récupèrent de leur fatigue musculaire et veinolymphatique. Bénéfique sur le stress, le massage favorise le sommeil. La qualité du sommeil est préférée à la quantité et toutes les mesures sont prises pour les protéger du bruit lorsqu’ils sont installés dans leurs hôtels.
La qualité de la récupération est à ce prix. Existe-t-il des incompatibilités sportives à la pratique du cyclisme ? Pendant la période hivernale, le sportif peut pratiquer le roller. Le footing sur terrain instable est déconseillé car le genou perd ses repères et s’expose au syndrome de l’essuie-glace. Il faut éviter le froid, facteur de tendinites.
En revanche, la natation et notamment le dos crawlé est bénéfique en développant la cage thoracique et le potentiel respiratoire Comment entraînez-vous vos coureurs à mieux aborder les moments réputés critiques tels que les sprints, ou les descentes de col ? Aborder un sprint suppose une prise de risque psychologique. Les sprinters ont un mental particulier.
Les entrées à 60 coureurs sur des secteurs pavés posent essentiellement un problème de sécurité et réclament souvent les soins des urgentistes. Les descentes de col représentent également des moments critiques en raison de la vitesse des voitures qui les accompagnent en roulant à 110 ou 120 kms heure. Pour toutes ces raisons, le port du casque imposé sur toutes les courses, dans tous les pays par l’UCI représente une mesure de sécurité légitime. Le choix de casques clairs plutôt que noirs convient mieux aux périodes de grosse chaleur. Les coureurs sont autorisés à le retirer lors des 5 derniers kilomètres d’ascension d’un col. On discute également du bien-fondé de l’oreillette qui présente les mêmes inconvénients que le téléphone portable et de la possibilité d’équiper seulement 2 coureurs pourvu qu’ils retransmettent les informations délivrées par le Directeur sportif de façon concise. Il peut s’agir de la présence d’une flaque d’huile sur le parcours ou de tout autre obstacle compromettant l’étape. ![]() Les affections des os et articulations touchent aujourd’hui des centaines de millions de personnes dans le monde, dont environ 20 millions en France. Cette situation risque de s’accentuer compte tenu du vieillissement de la population.
Sensibiliser les pouvoirs publics et la population à l’importance de la préservation d’un bon appareil locomoteur pour une meilleure autonomie est une nécessité de santé publique. Impliquée dans la Décennie des Os et Articulations*, la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique (SOFCOT), s’est résolument engagée dans une action d’analyse, de conseil et d’éducation. Depuis 2001, ses membres ont entrepris de mettre en place des campagnes d’information pédagogique en direction du grand public. Une préoccupation proche des réalités quotidiennesLes chirurgiens orthopédistes souhaitent apporter leur expertise au grand public dans leurs domaines de compétence.
L’événement que représente le Tour de France est, comme lors de la coupe du monde de football 2002, l’occasion pour les spécialistes de la traumatologie du sport de mettre à la disposition des médias et donc par conséquent du grand public une information médicale validée. Dans le domaine de l’accidentologie routière, la SOFCOT a entrepris un travail d’analyse des données épidémiologiques sur la traumatologie routière et ses conséquences. Elle espère ainsi poursuivre des opérations de prévention en apportant de nouvelles recommandations pour alléger ce fléau de société comme elle l’a déjà fait à propos de la ceinture de sécurité. L’un des thèmes du congrès 2002, qui se tient chaque année à Paris en novembre, a exploré la chirurgie orthopédique chez des sujets de plus en plus âgés. Deux millions d’accidents par an chez les plus de 65 ans sont dus à des chutes. L’ostéoporose est source d’un nombre croissant de fractures du col du fémur; on estime à 100 000 nouveaux cas par an, leur nombre d’ici à 2050. La SOFCOTLa Société française d'orthopédie et de traumatologie, a été fondée le 6 mars 1918. Devenue, le 1er janvier 1968, la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique (SOFCOT), elle regroupe aujourd’hui près de 2200 chirurgiens orthopédistes et traumatologiques.
La SO.F.C.O.T est administrée par un Bureau composé de 19 membres dirigé par un Président, le Pr Daniel GOUTALLIER. Le Dr Jean BARTHAS en est le secrétaire général pour une durée de 3 ans. * Décennie 2000-2010 déclarée Décennie des Os et des Articulations sous l’égide des Nations Unies |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
SO.F.C.O.T. - 56 rue Boissonade - 75014 Paris - Tél : +33 (0)1 43 22 47 54 - Fax : +33 (0)1 43 22 46 70 - E-mail :
- Site réalisé par CYIM © 2006 |
SO.F.C.O.T. - 56 rue Boissonade - 75014 Paris - Tél : +33 (0)1 43 22 47 54 - Fax : +33 (0)1 43 22 46 70 |