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Pathologie ostéo-articulaire de l'adulte en France, Enquête auprès d'un échantillon de 2000 personnes

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Résumé

Un large mouvement international regroupant les associations de patients et les professionnels de santé concernés, soutenu par l'Organisation Mondiale de la Santé, s'est développé à la fin des années 90 afin d'attirer l'attention des décideurs sur l'importance individuelle et collective de la pathologie ostéo-articulaire.


Publication

Pathologie ostéo-articulaire de l'adulte en France
Enquête auprès d'un échantillon de 2 000 personnes


J.-P. Courpied (1), J. Caton (2), S. Bouee (3), Y. Charpak (3), J.-M. Thomine (4)

(1)Secrétaire général de la SO.F.C.O.T., 56, rue Boissonade, 75014 Paris.
(2)Secrétaire général du S.N.C.O., 56, rue Boissonade, 75014 Paris.
(3)CEMKA-EVAL, 43, boulevard du Maréchal-Joffre, 92340 Bourg-la-Reine.
(4)Ancien Président de la SO.F.C.O.T. 56, rue Boissonade, 75014 Paris.

Enquête parue dans la Revue de Chirurgie Orthopédique
Volume 87 No 5 Pages 424-436
du 06/09/2001


SUMMARY

Bone and joint disease in adults in France: a survey in 2000 persons

Purpose of the study

Seeking for a global epidemiology data on bone and joint disease in adults in France, we analyzed the problems related to bone and joint disease in a sample population to determine healthcare needs. We also examined patient referral and demand for surgical care for bone and joint disease and the degree of patient satisfaction.

Material and methods

A telephone interview was conducted in a randomly sampled population of adults living in France to determine their demographic characteristics and bone and joint conditions and surgical care reported by the interviewees. Before standardizing, the sample population in the 60-year and older group was increased in order to obtain more precise information concerning degenerative joint disease. The sample included 1000 persons aged under 60 years and another 1000 persons aged over 60 years. The sample populations were matched to the French population for sex and age distribution. One hundred personal face-to-face interviews were also conducted with 100 persons residing in a nursing home. The two surveys were conducted in June and July 1999.

Results

Extrapolation of the data obtained to the French population yielded a total of 12 million adults affected by a bone and joint condition during the year preceding the survey. Considering both study samples, the most frequent localizations concerned the spine and the knees. The distribution of the other localizations was age and sex dependent. The percentage of trauma-induced conditions was 31 %, predominantly in men under the age of 60 years and in institutionalized individuals. Extrapolation yielded a total of 5.4 million persons who had (or expected to have) a surgical intervention due to a bone and joint condition. The percentage of surgical treatment was highest for fractures (41 %) and extravertebral osteoarthritis (18 %). Extrapolation to the French population yielded 0.55 million persons aged over 60 years with a hip prosthesis and 0.27 million with a knee prosthesis. Seventy-six percent of the individuals who had undergone surgery for a conditions unrelated to trauma felt their quality of life had been improved. For those who had surgery for a trauma-induced condition, 85 % considered they had minimal or no sequelae. Information provided by the surgeon concerning surgical care was thought to be insufficient by 23 % of the operated individuals and 43 % of those who had a joint prosthesis stated they had not been informed that their implant might be changed. Management of postoperative pain was thought to be insufficient by 36 % of the operated individuals.

Discussion

Due to the wide field of investigation and the methodology used to collect these data, our findings cannot be easily compared with other epidemiological data. They must be considered with caution due to the sampling bias of a telephone interview and also to the bias introduced by the simplified nosology scheme used for the questionnaire and the fact that no medical validation was performed. These data do however show that a large number of adults are concerned, notwithstanding conditions occurring before the age of 18 years with the frequency of accidents during childhood and adolescence. The data collected confirm the priorities set within the framework of the Bone and Joint Decade 2000-2010.

Key words : Bone and joint disease. epidemiology.

RÉSUMÉ

Les informations épidémiologiques susceptibles de donner une vue d'ensemble de la pathologie ostéo-articulaire chez l'adulte en France restent fragmentaires et incomplètes. Les auteurs ont donc recherché une évaluation en termes de besoins ressentis par la population des problèmes découlant de cette pathologie ; parallèlement ont étés recherchées la source et l'étendue des recours à la chirurgie suscités par ces pathologies, ainsi que le degré de satisfaction apporté par ceux-ci.

La technique était un sondage téléphonique avec tirage au sort qui permettait de renseigner un questionnaire inventoriant les caractéristiques démographiques, les problèmes ostéo-articulaires et les interventions chirurgicales rapportés par les sondés. Avant redressement, l'échantillon a été grossi pour la tranche d'âge après 60 ans dans le but d'affiner l'étude des pathologies dégénératives et des arthroplasties qu'elles nécessitent. Un échantillon de 1 000 personnes âgées de moins de 60 ans et un échantillon de 1 000 personnes âgées de plus de 60 ans ont été interrogés. Les données de l'enquête ont fait ensuite l'objet d'un redressement à la répartition de la population française par sexe et par âge. Cent entretiens face à face ont été par ailleurs réalisés pour collecter les réponses au même questionnaire de personnes âgées résidant en institution. Les deux enquêtes ont eu lieu en juin et juillet 1999.

L'extrapolation à la population française des pourcentages tirés de l'enquête chiffre à 12 000 000 le nombre d'adultes ayant été affectés par un problème ostéo-articulaire dans l'année précédant l'enquête. Pour l'ensemble des personnes les deux premières localisations rapportées étaient le rachis et les genoux ; la répartition des autres localisations était fonction du sexe et de l'âge. Parmi les causes des problèmes signalés les traumatismes représentaient 31 % et prédominaient chez l'homme avant 60 ans et en institution. L'extrapolation chiffrait à 5 400 000 le nombre des personnes ayant subi (ou devant subir) au moins une intervention chirurgicale en rapport avec un problème ostéo-articulaire. Les proportions de recours chirurgical les plus élevées concernaient les fractures (41 %) et l'arthrose extra-vertébrale (18 %). L'extrapolation à la population française chiffrait à 550 000 le nombre de personnes de plus de 60 ans non institutionnalisées portant une prothèse de hanche, et à 270 000 ce nombre pour les prothèses de genou. Soixante seize pour cent des personnes opérées pour une affection non traumatique estimaient avoir obtenu une amélioration de leur qualité de vie. Quatre vingt cinq pour cent des personnes traitées pour traumatisme considéraient n'avoir que des séquelles nulles ou minimes. L'information reçue du chirurgien concernant l'intervention a été jugée insuffisante par 23 % des opérés, 43 % des porteurs de prothèses articulaires n'ont pas été informés de l'éventualité d'un changement de leur implant. La lutte contre la douleur postopératoire a été considérée comme insuffisant par 36 % des opérés.

En raison de l'étendue du champ exploré et de la technique utilisée, les informations ainsi collectées ne peuvent être confrontées avec d'autres données épidémiologiques. Elles doivent être considérées avec réserve en raison des biais susceptibles de découler d'une enquête téléphonique en matière d'échantillonnage et de ceux auxquels exposent les catégories nosologiques simplifiées utilisées dans le questionnaire, choisies par les interrogés sans possibilité de validation médicale. Elles confirment néanmoins le nombre considérable d'adultes concernés, sans préjudice des pathologies survenant avant 18 ans, avec la fréquence avérée des accidents chez l'enfant et l'adolescent. Les données collectées confortent les priorités retenues dans le cadre de la Bone and Joint Decade 2000-2010.


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INTRODUCTION
Un large mouvement international regroupant les associations de patients et les professionnels de santé concernés, soutenu par l'Organisation Mondiale de la Santé, s'est développé à la fin des années 90 afin d'attirer l'attention des décideurs sur l'importance individuelle et collective de la pathologie ostéo-articulaire [1]. Traumatiques ou non, ces affections constituent pour ceux qui en sont atteints une cause majeure de souffrance, d'incapacité et d'exclusion sociale et professionnelle. Elles constituent pour les systèmes de santé qui doivent assumer les soins correspondants, une charge difficilement supportable et qui va en s'alourdissant en particulier du fait de l'allongement de la durée de vie et de la multiplication des accidents de la circulation dans certains pays. Cette initiative a abouti à la proclamation par l'Organisation des Nations Unies de la décennie 2000-2010 comme Bone and Joint Decade. Le but est d'obtenir, en fonction des besoins et des moyens de chaque pays, la promotion du maximum d'actions dans les domaines de la prévention, de la recherche et du traitement des affections en cause [Sedel [2].

Au moment ou débutait cette « Décennie des Os et des Articulations », démarche collective internationale, la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique et le Syndicat National des Chirurgiens Orthopédistes ont cherché à recueillir des informations sur le vécu et les besoins de la population française dans le domaine de la pathologie ostéo-articulaire.

Les objectifs spécifiques de l'étude entreprise étaient

  • d'estimer la fréquence des troubles ostéo-articulaires déclarés dans la population adulte française ;
  • de déterminer les modalités de recours à la chirurgie orthopédique ;
  • d'apprécier le degré de satisfaction des personnes ayant eu recours à la chirurgie orthopédique.

    Compte tenu de la modicité des informations épidémiologiques disponibles sur le sujet dans notre pays et de l'impossibilité d'entreprendre une étude extensive, la méthode retenue a été une enquête auprès d'un échantillon de la population concernée. Sa réalisation a été prise en charge par la société Eval (Cemka-Eval (Cemka-Eval, 45, boulevard du Maréchal-Joffre, 92340 Bourg-la-Reine. )).

    MATÉRIEL ET MÉTHODES
    Une enquête téléphonique a été entreprise auprès de 2 000 personnes de plus de 18 ans tirées au sort dans la population française. Dans le but d'affiner les informations sur les conséquences de la pathologie dégénérative et sur les prothèses articulaires, une sur-représentation de la population de plus de 60 ans a été réalisée [Ardilly [3]. L'échantillon sollicité était donc composé de 1 000 personnes âgées de 18 à 60 ans et de 1 000 personnes âgées de plus de 60 ans.

    En sus de cette enquête téléphonique, ont été réalisés 100 entretiens face à face auprès de personnes de plus de 60 ans hébergées dans 8 institutions de soins.

    Le même questionnaire a été utilisé pour les deux enquêtes et est reproduit en annexe (Annexe 1).

    L'enquête a été réalisée par des enquêteurs professionnels, qui ont reçu une formation spécifique concernant les pathologies ostéo-articulaires auxquelles ils étaient susceptibles d'être confrontés lors des entretiens.

    L'analyse statistique a été effectuée avec le logiciel SAS R version 6.12.

    Les résultats portant sur l'échantillon de l'enquête téléphonique ont été extrapolés à la population française en tenant compte de la sur-représentation des sujets de plus de 60 ans. Pour cela un redressement a été réalisé sur la base du taux de sondage réel de l'échantillon par strate d'âge et de sexe et de la répartition par âge et par sexe de la population française [Quang-Chi [4], Grangé et Lebard [5]. Seuls les résultats issus des entretiens en face à face n'ont pas été redressés. En conséquence, à cette exception près, la totalité des données chiffrées dont il sera fait état au chapitre des résultats est constituée de chiffres redressés. L'utilisation de pourcentages arrondis peut être à l'origine de certaines discordances dans les totaux.

    Les catégories pathologiques simplifiées du questionnaire, éventuellement formulées en langage familier pour une meilleure compréhension ont été utilisées pour les classements diagnostiques ultérieurs.

    L'enquête téléphonique a eu lieu entre le 14 juin et le 5 juillet 1999. L'enquête dans les institutions pour personnes âgées a été réalisée durant le mois de juillet 1999.

    RÉSULTATS
    Taux de réponses
    Quatre mille huit cent trente quatre personnes ont été sollicitées pour l'enquête téléphonique et le taux de réponses a été de 41 %.

    Fréquence générale des problèmes ostéo-articulaires
    45 % des personnes ont déclaré avoir eu au moins un problème ostéo-articulaire dans leur vie. Lorsque l'on extrapole ces résultats à la population française, ce chiffre correspond à 20 millions de personnes dont 7 millions d'hommes de plus de 60 ans (redressement à la répartition par sexe et par âge de la population française). La fréquence des problèmes déclarés atteignait 65 % chez les femmes de plus de 60 ans.

    Si on se limite aux seuls problèmes survenus durant l'année qui a précédé l'enquête, 27 % des personnes se sont dites concernées, ce qui correspond à 12 millions de personnes (extrapolation à la population française).

    Fréquences relatives des localisations affectées
    En ce qui concerne le dernier problème ostéo-articulaire en date, sans distinction d'étiologie ni de nature, les localisations les plus fréquentes sont rapportées dans le tableau I. Il met en évidence les points suivants

    pour l'ensemble des personnes non-institutionnalisées, deux localisations prédominaient parmi les troubles rapportés, le dos et la colonne vertébrale (40 % correspondant à 8 millions de personnes) et les genoux (25 % correspondant à 5 millions de personnes) ;
    ces deux localisations étaient suivies par les chevilles (19 %) puis les épaules (13 %) chez les moins de 60 ans, les hanches et le col du fémur (17 %) puis les épaules (15 %) et les mains (14 %) chez les plus de 60 ans ;
    en institution les problèmes rapportés à la hanche et au col du fémur prédominaient, signalés par 36 % des interrogés.

    Cause du dernier problème ostéo-articulaire survenu
    Elle était variable selon l'âge et le sexe et selon qu'il s'agissait d'une population institutionnalisée ou non comme le montre le tableau II.

    Les problèmes de rachis et « l'arthrose périphérique », c'est-à-dire non rachidienne, étaient les pathologies prédominantes chez les plus de 60 ans non institutionnalisés et dans les deux sexes. Les problèmes rachidiens étaient les plus cités par les femmes avant 60 ans. Chez les hommes de moins de 60 ans d'une part et en institution, d'autre part, la première cause citée était la fracture (29 et 33 % respectivement).

    Place de la traumatologie
    La pathologie traumatique (tableaux II et III) occupait une place majeure parmi les événements pathologiques signalés par les personnes interrogées Elle était la cause de 31 % des problèmes signalés soit 6 310 000 personnes concernées (sur les 20 055 000 ayant présenté au moins des événements pathologiques antérieurement définis). Il s'agissait plus souvent de fractures (17 %) que d'entorses (14 %). La traumatologie était la cause citée la plus fréquente chez l'homme avant 60 ans (52 %) et en institution (33 %). La fracture était la première cause citée chez l'homme avant 60 ans (29 %) et en institution (33 %).

    Recours à la chirurgie
    12 % des personnes ont déclaré avoir eu recours au moins une fois dans leur vie à une intervention chirurgicale pour un problème ostéo-articulaire soit 5 400 000 personnes en France ; 36 % d'entre elles ont déclaré avoir subi plus d'une intervention. Le pourcentage s'abaissait à 6 % chez les femmes âgées de moins de 60 ans et s'élevait au contraire à 32 % en institution. Le nombre moyen d'interventions déclarées par ceux qui avaient été opérés était de 1,6 (soit par extrapolation 8 500 000 interventions réalisées chez 5 400 000 personnes).

    Le tableau III montre que le taux d'interventions prévues ou réalisées pour le dernier problème était variable selon la cause déclarée : pour les fractures ce taux était élevé, à plus de 41 %, et il était faible pour les entorses à 10 %. Pour les problèmes rachidiens et de sciatique, le taux était de 10,5 % (8 % avant 60 ans contre 12 % après). Pour l'arthrose extra-vertébrale le taux d'interventions était de 18 % (23 % après 60 ans st 10 % avant).

    Les dix localisations anatomiques le plus souvent signalées comme site d'une intervention sont présentées dans le tableau IV sous la forme des nombres d'interventions obtenus par extrapolation.
    Le tableau V rend compte de l'incidence de l'âge et du sexe sur la fréquence des recours chirurgicaux réalisés ou prévus et de leur fréquence par extrapolation à la population générale en prenant en compte le traitement du dernier problème survenu.

    Jugements portés sur l'intervention chirurgicale
    Ils sont détaillés dans le tableau VI.

    Pour les affections non traumatiques l'efficacité est exprimée en termes d'amélioration de la qualité de vie. Globalement 76 % des interrogés estimaient avoir bénéficié d'une amélioration importante ou moyenne toutes pathologies confondues. En matière de traumatologie l'évaluation a porté sur la récupération et les séquelles de l'accident. Globalement 85 % des personnes estimaient avoir eu une récupération complète ou ne garder que des séquelles minimes.

    La qualité d'écoute du chirurgien était jugée satisfaisante par 85 % des personnes. Les explications données ont été estimées comme satisfaisantes par 77 % des interrogés : toutefois le pourcentage de satisfaction des explications du chirurgien tombe à 58 % en institution. Le niveau de satisfaction concernant l'écoute et les explications était meilleur pour les pathologies non traumatiques que traumatiques (85/78 % et 80/73 %).

    La prise en charge des douleurs postopératoires n'a été jugée satisfaisante que par 64 % des opérés.

    Dans l'ensemble plus de 80 % des opérés conseilleraient l'intervention à leurs proches et se feraient à nouveau opérer par le même chirurgien en cas de nécessité.

    42 % des personnes de moins de 60 ans et 62 % des personnes de plus de 60 ans ont estimé que l'intervention subie par eux serait justifiée même chez des personnes de plus de 85 ans.

    Points particuliers concernant les prothèses (tableau VII)
    L'enquête a montré que 5,2 % des hommes et 7,3 % des femmes de plus de 60 ans étaient porteurs d'une prothèse articulaire (19 % en institution). Pour les trois quarts des hommes et la moitié des femmes concernés, il s'agissait d'une prothèse de hanche. Pour 10 % des hommes et 42 % des femmes il s'agissait d'une prothèse du genou ; l'extrapolation à la population générale conduit à évaluer le nombre de personnes de plus de 60 ans non hébergées en institution et porteuses d'une prothèse à 550 000 pour la hanche et 270 000 pour le genou.

    Parmi les porteurs d'une prothèse âgés de plus de 60 ans, 79 % se sont déclarés très satisfaits, 16 % satisfaits et 5 % étaient insatisfaits de leur prothèse. Mais seulement 57 % avaient étés informés du fait que leur prothèse était susceptible d'être remplacée et ce chiffre s'abaisse à 21 % en institution. 80 % des personnes interrogées estimaient que la mise en place d'une prothèse articulaire est une intervention indispensable et 14 % la considéraient comme une intervention de luxe ou de confort.

    DISCUSSION

    Cette enquête est la première de ce type réalisée en France sur toute une population et ses résultats ne peuvent être comparés à ceux d'autres publications sur le sujet. La technique et le champ couvert ne permettent pas non plus de la confronter à des données épidémiologiques fragmentaires. Les informations qu'elle apporte sont celles d'un sondage dont les biais potentiels doivent être soulignés.

    Les catégories nosologiques mises en place pour la faisabilité du questionnaire sont relativement imprécises et sujettes à possibles confusions. Elles correspondent à des diagnostics subjectifs, portés par les patients eux-mêmes interrogés par des non-médecins. Il faut d'ailleurs relever que le cadre nosologique « autre » du questionnaire représente plus de 20 % des causes citées. Le taux de réponse obtenu peut être faussé (par refus de répondre) dans l'évaluation des indices de satisfaction.

    La méthode d'échantillonnage téléphonique retenue a conduit à sous-représenter légèrement certaines catégories par rapport à la population française. Ce sont les hommes et les femmes les plus jeunes (16-30 ans) sans doute moins souvent présents à des heures possibles d'appel, et moins souvent en possession d'un logement fixe et/ou d'un poste de téléphone fixe ;
    les hommes de 29 à 60 ans, sans doute moins souvent présents à leur domicile alors que les femmes de cette tranche d'âge sont souvent, aujourd'hui encore, « au foyer » ; les femmes les plus âgées (plus de 70 ans), car une partie d'entre elles vit en institution.

    Afin de supprimer le biais du à ces différences, nous avons redressé les résultats obtenus sur notre échantillon à la population française. Néanmoins, ces différences font que la précision des chiffres se rapportant aux populations sous-représentées est légèrement moins bonne. Les différences entre l'échantillon traité et la population générale sont décrites dans le tableau VIII.

    Enfin il faut souligner que l'enquête n'a pas pu prendre en compte la pathologie ostéo-articulaire de l'enfant et de l'adolescent qui comporte une charge traumatologique importante.

    Tels qu'ils sont toutefois, les résultats collectés mettent en évidence le caractère massif des populations concernées et le fait que les pathologies en question constituent bien par le nombre et par les conséquences un problème de santé publique. Les pathologies répertoriées recoupent la liste des thèmes de travail prioritaires retenus pour la Bone and Joint Decade [1] et qui comporte : les maladies articulaires, l'ostéoporose, les désordres rachidiens et les rachialgies ; et les traumatismes graves des membres.

    Enfin l'enquête de satisfaction permise par le dispositif d'investigation choisi met en relief des améliorations souhaitables lors de la prise en charge chirurgicale de ces pathologies. La lutte contre la douleur postopératoire est jugée nettement insuffisante par les opérés : toutefois un certain nombre des interventions ainsi mises en cause ont été réalisées avant l'utilisation régulière des protocoles actuels d'analgésie postopératoire. L'information des patients a été souvent insuffisante puisque presque un quart des opérés sont de cet avis et la proportion monte à 45 % pour les personnes vivant en institution. Enfin l'insuffisance la plus remarquable concerne l'information sur l'avenir des prothèses implantées puisqu'un peu plus d'un opéré de plus de 60 ans sur deux seulement savait que le remplacement de sa prothèse pourrait être un jour nécessaire. Le fait que cette même information n'ait été reçue que par un opéré sur cinq en institution peut par contre être expliqué par la fréquence des indications d'origine traumatique dans une population à activité réduite et à durée de vie limitée à laquelle il peut être jugé inopportun de créer des préoccupations d'avenir.

    REFERENCE(S)

    [1] The Bone and Joint Decade 2000-2010. Acta Orthopédica Scandinavica, 1998, Sup. 28 1, 69.
    [2] Sedel L : 2000-2010 Bone and Joint Decade, la Décennie des Os et des Articulations. Rev Chir Orthop, 2000, 86, 9.
    [3] Ardilly P : Les techniques de sondage. Ed. Technip, Paris, 1994.
    [4] Quang-Chi D : Projection de population totale pour la France métropolitaine, INSEE, Paris, Démographie - Société, 1996, 44, 41-43.[5] Grangé D, Lebart L : Traitement statistique des enquêtes. Dunod Ed, Paris, 1994.

     


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