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Communiqué de presse
Prothèse de hanche et chirurgie mini-invasive : le principe de précaution s’impose
100 000 patients retrouvent, chaque année, grâce à l’implantation d’une prothèse de hanche totale, une autonomie satisfaisante et sont ainsi soulagés de leur douleur à la marche. « La chirurgie mini-invasive qui séduit de nombreux patients très demandeurs face au temps réduit d’hospitalisation qu’elle suppose et à la perspective d’une reprise fonctionnelle plus rapide et des activités de la vie courante mérite toutefois d’être validée et comparée à la chirurgie traditionnelle dans ce type d’indication ». Un principe de précaution invoqué par la Société Française de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique.(So.F.C.O.T)
Implantation d’une prothèse de hanche : bénéfices escomptés
L’indication d’une prothèse répond à un triple objectif : recherche du meilleur résultat fonctionnel possible, du minimum de complications pour le patient et une longévité optimale pour la prothèse. Cette durée de vie dépend de nombreux facteurs : du type des matériaux utilisés, des conséquences du frottement entre les deux pièces prothétiques en contact, de leur orientation par rapport à l’os et de leur fixation. On sait que le mode d’implantation optimal conditionne la longévité de la prothèse. Les registres des prothèses les plus récents établis en Suède à des fins épidémiologiques ont montré des différences significatives notamment selon les types de prothèses et leur mode de fixation, en termes de durabilité et de meilleure survie. Actuellement, on estime cette survie autour de 20 ans en moyenne sachant que certaines prothèses peuvent résister 25 ans, voire plus, et d’autres se détériorer après 12 à 15 ans.
Chirurgie mini-invasive : une technique opératoire différente
Les chirurgiens orthopédistes tendent à pratiquer des incisions de plus en plus courtes. S’agissant des prothèses totales de hanche implantées dans le cadre de la chirurgie traditionnelle, ces incisions peuvent être de l’ordre de 10 à 12 cm en une seule incision.
La chirurgie mini-invasive repose quant à elle sur la pratique de 2 incisions de 5 cm chacune : - l’une effectuée sur le devant de la cuisse, à la hauteur de l’aine pour intervenir sur le cotyle qui représente la partie creuse de la hanche, - l’autre sur la face externe de la cuisse est destinée à la mise en place de la prothèse dans le fémur.
Cette nouvelle technique opératoire va de pair avec l’utilisation de nouveaux matériaux, actuellement non cimentés, qui n’ont pas fait la preuve d’une meilleure longévité.
Le point de vue de la SOFCOT : Principe de précaution et devoir de prudence
Face à cette technique non encore validée et face au déferlement médiatique provoqué par la publication d’un article paru dans un quotidien régional vantant les mérites de la chirurgie mini-invasive (pratiquée de façon très exceptionnelle), le Pr Claude Vielpeau – CHU Caen- représentant le bureau de la SO.F.C.O T recommande « la prudence et rappelle les réserves entourant toute nouvelle pratique non encore validée ». Il précise que cette chirurgie mini-invasive exige de la part des chirurgiens orthopédistes une formation spécifique et qu’elle ne convient pas à tous les patients.
Seule, une étude comparative regroupant suffisamment de malades pourrait confirmer le bien fondé de cette alternative ou du moins le fait qu’elle n’est pas inférieure à ce qui existe déjà. La SOFCOT envisage donc la mise en place d’une étude documentée selon des critères d’entrée rigoureux, avec définition d’une population ciblée, tirage au sort des patients consentant à recevoir l’une ou l’autre des techniques et comparaison des résultats, des conditions de reprise de l’activité, des complications, du positionnement des composants de la prothèse et des éventuelles nécessités de réintervention. Avec un recul suffisant et au vu des résultats, il sera alors possible de préciser les contre-indications et de comparer les avantages respectifs de ces deux méthodes sachant que les complications constatées avec la chirurgie mini-invasive dans le cadre des études préliminaires surviennent en per-opératoire et que le positionnement et la fixation corrects des pièces prothétiques peuvent être visualisés et contrôlés lors de la radiographie.
Une technique nouvelle à valider en fonction des bénéfices-risques
S’agissant des bénéfices, on peut estimer que deux petites incisions au lieu d’une ne lèsent pas de la même façon les tissus entourant l’os et, notamment, les muscles fessiers qui jouent un grand rôle dans la stabilité de la hanche, et apprécier le bénéfice lié au moindre traumatisme musculaire qui en découle.
S’agissant des risques, l’incision de petite taille peut entraîner des complications liées à une moindre visibilité du geste opératoire. Les seules études préliminaires publiées à ce jour sur les interventions pratiquées par chirurgie mini-invasive ont été entreprises aux Etats Unis depuis 2000. Les complications observées sont des fractures lors de l’introduction de la prothèse (3 fois plus que par abord traditionnel) survenant surtout au début de l’expérience de chaque chirurgien, et des atteintes d’un nerf de la cuisse, aux conséquences souvent temporaires. On ne peut tout au plus rapporter que quelques centaines de cas. Ces derniers rassemblent des candidats bénéficiant d’un profil particulier puisqu’ils n’étaient ni obèses, ni ostéoporotiques, pas trop musclés, qu’ils avaient moins de 75 ans et n’avaient pas d’antécédents chirurgicaux sur cette hanche.
Mise en garde contre des risques de dérives commerciales
Parallèlement au développement de la chirurgie mini invasive, une société commerciale entend assurer la "labellisation" des chirurgiens compétents pour pratiquer cette intervention. Largement inspirée du modèle anglo-saxon, cette méthode se heurte à la nécessaire indépendance des structures d’évaluation des pratiques. Les pouvoirs publics réaffirment sans cesse ce principe. La SOFCOT exprime les plus vives réserves pour toute validation de compétence effectuée par une société commerciale. Société référente en matière de chirurgie orthopédique, la SOFCOT (Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique), soucieuse du respect du devoir de précaution qui entoure l’accréditation de toute technique nouvelle considère que la chirurgie mini-invasive n’a pas encore fait ses preuves tout en admettant qu’elle peut se révéler prometteuse après validation, dans des cas bien sélectionnés.
D’après un entretien avec les Professeurs Claude Vielpeau et Thierry Bégué
pour le bureau de la SO.F.C.O.T.
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